‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 8 sur 44 · XXII NOTICE SUK I.A VIE ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

XXII NOTICE SUK I.A VIE ET LES ŒUVRES

fleuve oriental. » Dame Peinture invite Marmion de Valenciennes, Jehan Fouquet, Roger Van der Weyden, Hugo Van der Goes et Jean van Eyck :

Peintres prudens, le defunctvous aymoit : Mettez Nature auprès de luy dolente.

Dame Réthoricque, à son tour appelle à la rescousse Molinet, Crétin, Robertet, St-Gelais et les musiciens Agricola, Hilaire, Evrart, Conrad, Pregent, pour célébrer le gentil chevalier, protecteur de Bayard. Dans la Peroration à Madame, le poète fait hommage de son œuvre à l'auguste fille de Maximilien : « Par Ihonneur de sa louable mémoire, il vous plaist, en me recueillant, restaurer la dure perte que jay faictà son trespas, ie vostre plus que treshumble et tresobeissant serviteur, n C'est une offrande « par manière de primices » : il n'a encore pu faire que cela.

Le poète commence à se révéler :

Fortune folle est aveugle et bendée Plustost glissant que nest la clère ondée, Preste à monter, plus prompte à dévaler, Soudain laissant, et tard appréhendée Dont pour monstrer ta vertu bien guidée, Fais quelle soit en autre exploict gardée : Car qui bien sault on le void reculler.

Cette fin par proverbe nous ramène au naturel Gaulois et nous éloigne de Molinet. Non moins naturel est ce distique :

Car hault louer, conduit par art experte, N'accroist les faicts de triumphe avestuz.

DE JEA^ LEMAIRi: DE BELGES. XXIII

Le chantre de la concorde s'annonce déjà, quand il dit de la guerre :

Dont en la fin les grans ro,ys et les princes En ont la honte et les peuples le coust.

Quidçuid délirant ref/es, plertuntur Achiti.

Marguerite d'Autriche qui avait le 26 septembre 1501 épousé Philibert de Savoie, emmena Lemaire à Turin. Le 12 juin 1504, le trésorier Lojs Vionnet lui remit de la part de la duchesse, dis escus d'or à la couronne. (1) Peut-être fut-il d'abord placé soit à Bourg, soit à Annecy (lettre de 1509). Après la mort de Philibert de Savoie (9 septembre 1504, au château de Pontd'Ain) Marguerite, restée veuve sans enfants, éprouva de la part de son beau-frère Charles de Savoie plus d'une difficulté au sujet du douaire. Elle se retira auprès de son père en Allemagne.

C'est à ce voyage que se rapportent les deux Epistres de V Amant verd. Le genre est condamné par Dubellay, qui le rapporte presque aux espiceries du moyen-âge, (II, chap. 4) mais Quintil Horatian^ y voit le prototype des jolies pièces de son poète Marot. « Ces deux epistres, dit-il sont tant riches en diversité de plusieurs choses et propos que c'est merveille. » L'abbé Goujet, en sa Bibliothèque française, croit que l'amant, c'est Lemaire lui-même. 11 a oublié ces vers de la première épitre :

Que diray-ie d'autres grans privautez Parquoy jay veu tes parfaites beautez :

(l) V. Thibaut, Marg. àJ. Lemaire, p. 140. V. aussi la correspondance.

DE JEAN LEMAIRE Dli BELGES. XXV

Et ton gent corps, plus poli que fin ambre, Trop plus que nul autre varlet de chambre ? Nud, demy nud, sans atour et sans guimple, Demy vestu, en belle cotte simple, Tresser ton chef, tant cler et tant doré, Par tout le monde aymé et honnoré.

Même s'il ne s'agit que d'un perroquet, l'audace est grande.

L'abbé Sallier croit pourtant qu'il s'agit de Lemaire, « vestu tout de verd » tandis que Marguerite n'arbore que le noir. A tout prendre ce n'est qu'une plaisanterie pour décrire le deuil des serviteurs laissés en son château de Pontd'ain près de Bourg. Avec le perroquet qui vainement a appris le latin, l'espagnol et le flamand, se désolent la levrette, la marmotte et le singe. Le poète, un peu mièvre, badine à la façon d'Ovide et de Stace. La seconde épitre est une missive datée de l'Elysée (1) des oiseaux, qui rappelle la Messe des oisiaux de Jean de Condé. L'amant verd, ou plutôt son ombre salue Marguerite revenue de « Rin, Meuse et Seine. »

Ta grant clémence un peu veuille excuser Force d'amours qui me feit abuser.

Il rapporte en vers scintillants un entretien avec Minos, Mercure et l'Esprit Vermeil, l'âme du perroquet que Sigismond, l'oncle de Maximilien, donna jadis à Marie du Bourgogne. (2) Quelle surabondance d'érudition ! Pas un animal légendaire qui

(1) Vague réminiscence du Culex attribué à Virgile.

(âiGodefroy, (Hist. de la litt. fr. Poètes 1,3) croit que c'est là l'Amant Verd. Beaucoup d'historiens de la littérature font cette confusion.

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