‹ Œuvres de Jean RacineChapitre 2 sur 25 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

montrer aussi que c'étoit sans fondement qu'on déshonoroit ainsi ceux qui sadonnoiont à la poésie, il écrivit la lettre suivante. Nous n'examinerons point ici si ce jeune poëte n'a point un peu trop légèrement oublié les obligations qu'il avoit à la maison de Port-Royal, dans laquelle il avoit été élevé, et s'il n'auroit point dû s'abstenir décrire contre ses bienfaiteurs, en supposant même qu'ils l'eussent attaqué directement '. Tout ce que nous ajouterons ici,

n'^ avoit après qu'à le laisser là. » Et on a eu raison. Ces huit lettres, dont la première parut à la fin de i665, et les sept autres en i6G6, font une espèce de suite aux dix lettres que M. Nicole publia en 1664 et i665, sur l'hérésie imaginaire, titre sous lequel il renferma toutes les questions auxquelles lé foimulaire donna lieu.

' Afin que tout le monde puisse juger en quoi Racine pouvoit être offensé , nous allons rapporter ici l'endroit qui donna lieu à cette lettre : « Afin de reconnoître, dit l'auteur de£ Visionnaires, par des marques plus certaines, si c'est l'esprit de Dieu , ou l'esprit d'erreur qui agit en lui ( Desmarèts ) , il suffit presque de considérer en gros ce que tout le monde sait de sa vie, et eu que l'on peut connoître de son esprit , en jetant les yeux en passant sur les livres qu'il a donnés au public.

Chacun sait que sa première profession a été de faire des romans et des pièces de théâtre , et que c'est par où il a commencé à se faire connoître dans le monde. Ces qualités , qui ne sont pas fort honorables , au jugement des honnêtes gens , sont horribles , étant considérées selon les principes de la religion chrétienne et les règles de l'évangile. Un faisetjh de romans et un poëte de théâtre est un empoisonneur public , non des corps , mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme coupable d'une infinité d'homicides spirituels, ou qu'il a causés en effet, ou

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c'est que Racine ne sYtoit fait conroître encore au tlicAtre que par des essais, et que dans cette lettre il ne parut point au-dessous du modèle qu'il s'étoit proposé d imiter. M. Nicole ne voulut point répondre à Racine, et, tandis qu'il gardoit le silence, il parut deux réponses, l'une de M. Dubois, et l'autre de M. Barbier' d'Aucour. Racine en fut choqué, ainsi que du soin que MM. de Port -Royal avoient pris de les publier. Il se détermina donc à leur écrire une lettre commune dans laquelle on trouve le même agrément dans le style que dans celle adressée à M. Nicole. Cela n'empècba pas ce dernier d insérer l'année suivante ( 1G67 ), dans son recueil des Imaginaires et des V isionnalrcs , les dcuxrcponsesauxquclles Racine avoit répliqué le 10 mai 1666.

quil a pu causer par ses cciits pernicieux. Plus il a soin de couvrir d'un voile d'honnêteté les passions criminelles qu'il y décrit, plus il les a rendues dangereuses, et capables du surprendre et de corrompre les âmes spirituelles et innocentes. Ces sortes de péchés sont d'autant plus edrojables , qu'ils sont toujours subsistants, parceque ces livres ne périssent pas, et qu'ils répandent toujours le même venin dans ceux qui les lisent. >» Onzième Imaginaire, ou première Visionnaire, toir. II, pag. 5o et 5i, édition de i66y.

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