‹ Œuvres de Jean RacineChapitre 3 sur 25 · A L'AUTEUR DES HÉRÉSIES IMAGINAIRES ET DES .VISIONNAIRES · texte numérisé non relu

A L'AUTEUR DES HÉRÉSIES IMAGINAIRES ET DES .VISIONNAIRES

Monsieur,

Je vous déclare que je ne prends point de parti entre M. Desinarêts et vous ; je laisse à juger au monde quel est le visionnaire de vous deux. J'ai lu jusqu'ici vos lettres avec assez d'indifférence, quelquefois avec plaisir, quelquefois avec dégoût, selon qu'elles me sembloient bien ou mal écrites. Je rcmarquois que vous prétendiez prendre la place de l'auteur des petites lettres j ; mais je rcmarquois en même temps que vous étiez beaucoup au-dessous de lui, et qu'il y avoit une grande différence entre une Provinciale et une Imasrinaire. »

' Ce sont les Lettres an provincial , du célèbre Pascal , auxquelles Pierre Nicole eut beaucoup de part. Il revit, à ce qu'on prétend, la première avec M. Arnauld, et corrigea seul la seconde , la huitième , la treizième , et la quatorzième ; on ajoute qu'il fournit à Pascal le plan des neuvième, onzième et doiilième, et les matériaux des trois dei-nières lettres. Mém, pour servir à l'hist. des hommes illust. tom. XXIX , pag. 3o4.

^ M. Kicole fut, à ce qu'il paroît, fort 'sensible à ce rcproclit; , puisqu'il ce donna la peine d'y répondre.

« II y en avoit qui les égaloient aux Provinciales ( les Vision-*

Je m'étonnoîs même de voir le Port-Royal aux mains avec MM. Chamillard ' et Desmarêts'. Où est cette fierté, disois-je, qui n'en vouloit qu'au pape, aux archevêques, et aux jésuites? Et j'admirois en secret la conduite de ces pères, qui vous ont fait prendre le change , et qui ne sont plus maintenant que les spectateurs de vos querelles. Ne croyez pas pour cela que je vous blâme de les laisser en repos. Au contraire, si j'ai à vous blâmer de quelque chose , c'est d'étendre vos inimitiés trop loin , et d'intéresser, dans le démêlé que vous avez avec Desmarêts,

naires), et ils avoicnt grand tort, j ayant un tour et un génie dans les Provinciales auquel personne n'arrivera peut-être jamais. D'autres cvoyoient laire un reproche bien sensible h l'auteur de CCS lettres , que de lui dire qu'il se donnât bien de garde de croire que ces Imaginaires fussent égales aux Provinciales; et ils avoient tort aussi, parceque, d'une part, cet avis étoit fort inutile à son égard, n'en ajant jamais eu la moindre pensée, et que, de l'autre, on peut écrive utilement pour l'église sans arriver h la perfection des Provinciales. » Avertissement des Imaginaires, édit. de i66j?, tom. I, pag. i^.

» M. Chamillard étoit un docteur de Sorbonnc , auquel Barbier d'Aucour adressa quelques lettres dont nous aurons bientôt occasion de parler.

* C'étoit .Tean Desmarèîs , sieur de Saint- Sorlin , bel esprit du dis-septième siècle, l'un des premiers niembics de l'académie françoise; le plus fou, dit-on, de tous les poètes, et le meilleur poète qui fût entic les fous. BibUothècjue française, tom. XYH, pag. 4 '9" Il fut chancelier de l'académie fran^oise depuis le i3 mars iG34 jusqu'au ii janvier i638.

OEUVRES DIVERSES. i3

cent autres personnes dont vous n'avez aucun sujet de vous plaindre.

Et qu'est-ce que les romans et les comédies peuvent avoir de commun avec le jansénisme ? Pourquoi voulezvous que CCS ouvrages d'esprit soient une occupation peu honorable devant les hommes, et horrible devant Dieu? Faul-il, parceque Dcsmarcîs a fait autrefois un roman et des comédies ' , que vous preniez en aversion tous ceux qui se sont mêlés d'en liiii'c? Vous avez assez d'ennemis ; pourquoi en chercher de nouveaux? Oh! que le provincial étoit bien plus sage que vous! Voyez comme il flatte l'académie, dans le temps même qu'il persécute la Sorl;onne '*. Il n'a pas voulu se mettre tout le monde sur les

' Le roman tlont il s'agit it;i est Ariane, ouvrage bizarre, dans lequel l'auteur s'écarta des idées de vertu qu'on représentoit alors dans ces sortes de productions; ou RoxanC} dont Dcsmarèts ne publia que la première partie.

Nous ne donnerons point ici la lista de toutes les œuvres dramatiques de Desmarèts. La seule de ses pièces qui ait survécu à l'oubli dans lequel elles sont aujourd'hui plongées, est la comédie des Visionnaires , qui fut regardée dans le temps comme un clicf-d'œuv^e, et qui ne pciu guère servir aujourd'hui qu'à donner une idée du caractère de son auteur; on y trouve cependant des scènes assez comiques , et une vei'sillcation supérieure à celle du temps.

Il est à remarquer que cette comédie est la première dans laquelle on trouve la critique de diflërents ridicules, et qu'elle est la seconde dont l'action se passa dans l'espace des vingtquatre heures.

? C'est dans la réponse^dv», provincialaux, deux pr^çaière

i4 OEUVRES DIVERSES,

bras ; il a ménagé les faiseurs de romans ; il s'est fait violence pour les louer : car, Dieu merci, vous ne louez jamais que ce que vous faites. Et, croyez-moi, ce sont peutêtre les seules gens qui vous étoicnt favorables.

Mais si vous n'étiez pas content d'eux, il ne falloit pas tout d'un coup les injurier. Vous pouviez employer des termes plus doux que ces mots « d'empoisonneurs publics, et de gens borriblcs parmi les chrétiens '. » Pensez-vous que l'on vous en croie sur votre parole? Non, non, monsieur, on n'est point accoutumé à vous croire si légèrement. Il y a vingt ans que vous dites tous les jours que les cinq propositions ne sont pas dans Jansénius-, cependant on ne vous en croit pas encore.

Mais nous counoissons l'austérité de votre morale. Nous ne trouvons point étrange que vous damniez les poètes; vous en damnez bien d'autres qu'eux*. Ce qiii nous surprend, c'est de voir que vous voulez empêcher les hommes de les honorer. Hé, monsieur, contentez-vous de donner les rangs dans l'autre monde : ne réglez point

lettres de M. Pascal que se trouve le passage que Racine a eu en vue. «Voici, dit-il, ce que m'en écrit un de messieurs de l'académie , des plus illustres entre ces hommes tous illustresi qui n'avoit encore vu que la première. Je voudrois que la Sovbonne, qui doit tant à la mémoire de feu M. le cardinal, voulût reconnoitre la juridiction de son académie franroise. L'auteu de la lettre seroit content, de. » Pag. 27 et 28.

" Expressions tirées de la f.remlcre Visionnaire.

OEUVRES DIVERSES. t5

les récompenses de celui-ci. Vous l'avez quitté il y a longtemps. Laissez-ie juger des choses qui lui appartiennent. Plaignez -le, si vous voulez, d'aimer les bagatelles, et d'estimer ceux qui les font; mais ne leur enviez point de misérables honneurs, auxquels vous avez renoncé.

Aussi-bien il ne vous sera pas facile de les leur ôter. Ils en sont en possession depuis trop de siècles. Sophocle, Euripide, Térence, Homère, et Virgile, nous sont encore en vénération , comme ils l'ont été dans Athènes et dans Rome. Le temps, qui a abattu les statues qu'on leur a élevées à tous, et les temples même qu'on a élevés à quelques uns d'eux, n'a pas empêché que leur mémoire ne vînt jusqu'à nous. Notre siècle , qui ne croit pas être obligé de suivre votre jugement en toutes choses , nous donne tous les jours des marques de l'estime qu'il fait de ces sortes d'ouvrages, dont vous parlez avec tant de mépris; et, m.algré toutes ces maximes sévères que toujours quelque passion vous inspire, il ose prendre la liberté de considérer toutes les personnes en qui l'on voit luire quelques étincelles du feu qui échauffa autrefois ces grands génies ^e l'antiquité.

Vous croyez, sans doute, qu'il est bien plus honorable de faire des Enluminures i, des Chamillardes ? ^ et des

» Ce sont les titres de quelques llvies que MM. du Port-Koyal écrivoient en ce temps-là contre leurs adversaires.

^ Les Chamillardes , les Gauditiettes , étoient cinq lettresticritcs par M. Barbier d'Aucour contre la signature pure ^t simple du

i6 OEUVRES DIVERSES.

onguents pour la brûlure^ , etc. Que voulez-vous? tout le monde n'est pas capable de s'occuper à des choses si importantes. Tout le monde ne peut pas écrire contre les jésuites. On peut arriver à la gloire par plus d'une voie.

Mais, direz-vous, il ny a plus maintenant de gloire à composer des romans et des comédies. Ce que les païens ont honoré est devenu horrible parmi les chrétiens. Je ne suis pas un théologien comme vous ; je prendrai pourtant la liberté de vous dire que leglise ne nous défend point de lire les poètes, quelle ne nous commande point de les avoir en horreur. C'est en partie dans leur lecture que les anciens pères se sont formes. Saint Grégoire de Nazianze n'a pas fait de difficulté de mettre la passion de Notre- Sejgneur en tragédie. Saint Augustin cite Vh'gile aussi souvent que vous citez saint Augustin.

Je sais bien qu'il s'accuse de s'être laissé attendrir à la comédie, et d'avoir pleuré en lisant Virgile. Qucst-ce que vous concluez de là? Direz-vous qu'il ne faut p}u>> hre Virgile, et ne plus aller à la comédie? Mais saint

formulaire. BibUolliùq. Jansên. du père Colonia, première édition , pag. iù3. Les trois premières, adressées à M. de Chamillard , parurent en iGjj ; les deux autres, e'critcs i M. Gandin, docteur de Sorbonne, et officiai de Paris, parurent en 16G6. Mém. pour servir à l'Iùsl. des liom. illustres, tom. XIII, pag. 3a3.

' On appeloit ainsi une espèce de poème eu vers burlesques tl'eu^ iron 1800 vers, attribué à Barbier d'Aueour. Ce poëaie , qui i)arut au commeuccmeut de 1G64, est la première pièce quo cet auteur, ait publiée contre les jésuiteâ.

Augustin s'accuse aussi d'avoir .pris trop de plaisir aux . chants de l'église. Est-ce à dire qu'il ne faut plus aller à 1 église?

El vous autres, qui avez succédé à ces pères, de quoi vouis étes-vous avisés de mettre en françois les comédies de Térence? Falloit-il interrompre vos saintes occupr;t'ons pour devenir des traducteurs de comédies? Encore, si vous nous les aviez données avec leurs grâces, le public vous scroit obligé de la peine que vous avez prise. Vous direz peut-être que vous en avez retranché quelques libertés. Mais vous dites aussi que le soin qu'on prend de couvrir les passions d'un voile d'honnêteté ne sert qu'à les rendre plus dangereuses. Ainsi , vous voilà vousmêmes au rang des empoisonneurs.

Est-ce que vous êtes maintenant plus saints que vous n'étiez en ce temps-là? Point du tout. Mais en ce tempslà Desmarêts n'avoit pas écrit contre vous. Le crime du poëte vous a irrités contre la poésie. Vous n'avez pas considéré que ni M. d'Urfé, ni Corneille , ni Gombcrviîie, votre ancien ami, n'étoient point responsables de la conduite de Desmarêts. Vous les avez tous enveloppés dans sa disgrâce. Vous avez même oublié que mademoiselle de Scudéry avoit fait une peinture avantageuse du Port- Royal dans sa Clélie. Cependant j'avois ouï dire que vous aviez soufll-rt patiemment qu'on vous eût loués dans ce livre horrible. L'on fit venir au désert le volume qui pariait de vous. Il y courut de main en main, et tous les solilahcs voulurent voir l'endroit où ib éloicnt traités d il*

iS OEUVRES DIVERSES,

lustres. Ne lui a-t-on pas même rendu ses louanges dans l'une des Provinciales i, et n'est-ce pas elle que l'auteur' entend, lorsqu'il parle d'une personne qu'il admire sans la connoître ?

Mais, monsieur, si je m'en souviens, on a loué même Desmarêts dans ces lettres. D'abord l'auteur en avoit parlé avec mépris ' , sur le bruit qui couroit qu'il travailloit anx apologies des jésuites. Il vous fit savoir qu'il n'y avoit point de part. Aussitôt il fut loué comme un bomme d honneur, et comme un homme d'esprit ^.

Tout de bon, monsieur, ne vous semble-t-il pas qu'on pourroit faire sur ce procédé les mêmes réflexions que vous avez faites tant de fois sur le procédé des jésuites? Vous les accusiez de n'envisager dans les personnes que la haine ou l'amour qu'on avoit pour leur compagnie. Vous deviez éviter de leur ressembler. Cependant on vous a vus de tout temps louer et blâmer le même homme , selon que vous étiez contents ou mal satisfaits de lui. Sur quoi je vous ferai souvenir d'une petite histoire que m'a contée autrefois un de vos amis. Elle marque assez bien votre caractère.

11 disoit qu'un jour deux capucins arrivèrent à Port- Royal, et y demandèrent l'hospitalité. On les reçut d'abord

' Vojez Lettre au provincial, pag. 28; Cologne, 1607. ^ C'est dans la quinzième lettre, pag. 296 et 297 ; ibid. lôS^. ' On trouve ce désaveu de Pascal à la fin de la cjuatom«mc lettre au provincial, pag. 328.

asâez froidement, comme tous les religieux y étoient reçus-, mais enfin il éloit tard, et l'on ne put pas se dispenser de les recevoir. On les mit tous deux dans une chambre, et on leur porta à souper. Comme ils étoient à table, le diable, qui ne vouloit pas que ces bons pères soupassent à leur aise , mit dans la tête de quelqu'un de vos messieurs que l'un de ces capucins étoit un certain père Maillard ' , qui s'étoit depuis peu signalé à Rome en sollicitant la bulle du pape contre Jansénius. Ce bruit vint aux oreilles de la mère Angélique 2. Elle accourt au parloir avec précipitation , et demande qu'est-ce qu'on a servi aux capucins, quel pain et quel vin on leur a donnés? La tourière lui répond qu'on leur a donné du pain blanc et du vin des messieurs. Cette supérieure zélée commande qu'on le leur ôte, et que l'on mette devant eux du pain des valets et du cidre. L'ordre s'exécute. Ces bons pères, -qui avoient bu chacun un coup, sont bien étonnés.de ce changement. Ils prennent pourtant la chose en patience, et se couchent, non sans admirer le soin qu'on prenolt de leur faire faire pénitence. Le lendemain ils demandèrent à dire la messe, ce qu'on ne put pas leur refuser. Comme ils la disoient, M, de Bagnols entra dans Téf^lise , et fut bien surpris de trouver le visage d un capucin de ses pai'ents, dans celui

' Ce capucin est nommé Mulart dans la réponse que Barbier d'Aucour. fit à cette lettre. Les journalistes de Tréyoux lui donnent le même nom, mars 1724 > P^g- 474-

' C'étoit Angélique Arnauld, abbesse de Port-Rojal , sœur de M. Arnauld j docteur de Sorbonnc, et de M. d'Andilli.

que l'on prenoit pour le père Maillard. M. de Bagnols avertit la mère Angélique de son erreur, et l'assura que ce père étoit un fort hou religieux, et même dans le cœur assez ami de la vérité. Que fit la mère Angélique? Elle donna des ordres tout contraire^ à ceux du jour de devant. Les capucins furent conduits avec honneur de l'église dans le réfectoire , où ils trouvèrent un hon déjeuner qui les attendoit, et qu'ils mangèrent de fort hou cœur, hénissant Dieu qui ne leur avoit pas fait manger leur pain hlauc le premier.

Voilà, monsieur, comme vous avez traité Desmarêls, et comme vous avez toujours traité tout le monde. Qu'une femme fût dans le désordre, qu'un homme fut dans la déhanche , s ils se disoient de vos amis , vous espériez toujours de leur salut; s'ils vous et oient peu favorahles, quelque vertueux qu'ils fussent, vous appréhendiez toujours le jugement de Dieu pour eux. La science étoit traitée comme la vertu. Ce n'étoit pas assez, pour être savant, d'avoir étudié toute sa vie , d'avoir lu tous les auteurs ; il falloit avoir lu Jansénius , et n'y avoir point lu les propositions.

Je ne doute point que vous ne vous justifiiez par fexemple de quelque père : car qu'est-ce que vous nu trouvez point dans les pères? Vous nous direz que saint Jérôme a loué Rufin comme le plus savant homme de son siècle, tant qu'il a été son ami; et qu'il traita le même Rufin comme le plus ignorant de son siècle , depuis qu'il se fut jeté dans le parti d'Origène. Mais vous m'avouerez

que ce n'est pas cette inégalité de sentiments gui l'a mis au rang des saints et des docteurs de l'église.

Et , sans sortir encore de l'exemple de Desmaréts ^ quelles exclamalions ne faites -vous point sur ce qu'uu homme qui a fait autrefois des romans , et qui confesse , à ce que vous dites, qu'il a mené une vie déréglée ■:, a la hardiesse d'écrire sur les matières de la religion ! Ditesmoi, monsieur, que faisoit dans le monde M. Le Maître? II plaidoit, il faisoit des vers. Tout cela est également profane, selon vos maximes. Il avoue aussi, dans une lettre , qu'il a été dans le dérèglement , et qu'il s'est retiré chez vous pour pleurer ses crimes. Comment donc avezvous souffert qu'il ait tant fait de traductions , tant de

' C'est dans les Délices de l'esprit du sieur Desmaréts , p. y3 , que l'on trouve cet aveu singulier, qui ne peut guère faire d'honneur à ce poète, que par la franchise avec laquelle il convient ( c SCS premiers écarts. Il ne se contente pas en effet de dire «< qu'il s'étoit arrêté quelque temps dans la cabane des plaisirs

charnels et grossiers il ajoute qu'il devoit pleurer des larmes

de sang, pensant au mauvais usage qu'il avoit fait de l'éloquence auprès des femmes ; car je n'y employois que des mensonges déguisés , des malices su. iles , et des trahisons infâmes. Je tachois à ruiner, l'esprit de elles que je feignois d'aimer. Je cherchois des paroles artificieuses pour le troubler, pour l'aveugler, et pour le séduire , afifi de lui faire croire que le vice étoit vertu , ou , pour le moins , chose naturelle et indifférente. Je trahissois Dieu même , en interprétant malicieusement ses lois , et en faisant valoir les faux et damnables l'aisonnements des voluptueux et des impies... et mon éloquence faisoit toutes sortes d'efforts pour éteindre la v«"=tu dans une ame. »

û2 0EUVRE3 DIVERSES.

livres sur les maîières de la grâce ? Ho ! ho ! direz-vous , il a fait auparavant une longue et sérieuse pénitence. Il a été deux ans entiers à bêcher le jardin, à faucher les prés, h laver les vaisselles j voilà ce qui l'a rendu digne de la doctrine de saint Augustin. Hais, monsieur, vous ne savez pas quelle a été la pénitence de Desmarêts. Peut-être a-t-il fait plus que tout cela. Croyez-moi, vous n'y regarderiez point de si près, s'il avoit écrit en votre faveur. C'étoit là le seul moyen de sanctifier une plume profanée par des romans et des comédies.

Enfin, je vous demanderois volontiers ce qu'il faut que nous lisions, si ces sortes d'ouvrages nous sont défendus. Encore faut-il que l'esprit se délasse quelquefois. Nous ne pouvons pas toujours lire vos livres. Et puis, à vous dire la vérité, vos livres ne se font plus lire comme ils faisoient. Il y a long-temps que vous ne dites plus rien de nouveau. En combien de façons avcz-vous conté l'histoire du pape Honorius? Que l'on regarde ce que vous avez fait depuis dix ans, vosdisquisitions, vos dissertations, vos réflexions, vos considérations, vos observations, on n'y trouvera aucune chose , sinon que les propositions ne sont pas dans Jansénius. Hé! messieurs, demeurez -en là. Ne le dites plus. Aussi-bien, à vous parler franchement, nous sommes résolus d'eu croire plutôt le pape et le clergé de France , que vous.

Pour vous, monsieur, qui entrez maintenant en lice contre Desmarêts , nous ne refusons point de lire voi lettres. Poussez votre ennemi à toute rigueur : examinez

OEUVRES DIVERSES. aS

chrétiennement ses mœurs et ses IhTes : feuilletez les registres du chàtelet : employez l'autorité de saint Augustin et de saint Bernard pour le déclarer visionnaire : établissez de bonnes règles pour nous aider à recbnnoître les fous ' ; nous nous en servirons en temps et lieu. Mais ne lui portez point de coups tjui puissent retomber sur les autres; sur-tout, je vous le répète, gardez-vous bien de croire vos lettres aussi bonnes que les lettres provinciales r, ce seroit une étrange vision que celle-là. Je vois bien que vous voulez attraper ce genre d'écrire. L'enjouement de M. Pascal a plus seiTi à votre parti que tout le sérieux de M. Arnauld. Mais cet enjouement n'est point du tout votre caractère : vous retombez dans ks froides plaisanteries des enluminures j vos bons mots ne sont d ordinaire que de basses allusions. Vous croyez dire , par exemple , quelque chose de fort agréable, quand vous dites, sur une exclamation que fait M. Chamillard, que son grand 0 n'est qu'un o en chiffre ; et quand vous l'avertissez de ne pas suivre le grand nombre, de peur d'être un docteur à la douzaine. On voit bien que vous vous efforcez d être plai* sant : mais ce n'est pas le moyen de l'être

R^etranchez-vous donc sur le sérieux ; remplissez vos lettres de longues et doctes périodes ; citez les pères ; jetez-

' Ceci est une critique fine et adroite d'une longue dissertation qu'a faite M. Nicole, première Visionnaire, pag. 36 et suiv ' pour apprendre à connoitre en (juoi consisle l'esprit fanali(]ue, et comme il arrive qu'on y tombe.

vous souvent sur les injures, et presque toujours sur les aulilhèscs. Vous èlcs appelé à ce style. Il faut que chacun giiJve sa vocation.

Je suisj etc.

De Paris, ce i6Q6. »

• Il a été impossible de letiouver la date de cette leltio; on sait 5inilement cru'cUc est du commencement de i6G5.

Page 1