‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 123 sur 442 · ACTE I, SCENE II. i8i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. i8i

ClÉPHALIE.

Mille autres à la mort font des plaintes pareilles; Mais, comme elle est sans yeux, elle n'a point d'oreilles; Elle établit pour tous d'inviolables lois, Et traite également les bergers et les rois. J'approuve que vos pleurs mouillent votre visage: La raison quelquefois n'en défend point l'usage; Mais il faut l'écouter dans le pire malheur, Et le courage enfin doit vaincre la douleur.

CLÉANDRE

Las ! que peut le courage en pareille infortune?

Le regret est commun d'une perte commune:

Mais qui perd un objet pourvu de tant d'attraits,

Que doit-il désirer que de se perdre après?

Onde, mouvant cercueil, élément infidèle,

Rejette au moins son corps, rends quelque chose d'elle;

J'achèverai le cours de mon sort malheureux

Sur ce triste débris de l'empire amoureux.

O sensible malheur ! sévère destinée !

Ciel qui me l'as ravie , et me l'avais donnée ,

Romps de mes tristes ans le déplorable cours ,

Achève mes ennuis en achevant mes jours.

CÉPHALIE. V

C'est trop vous affliger d'un malheur sans remède. Que le repos, monsieur, à ces plaintes succède; Ce corps débile et las a besoin de sommeil , Et nous verrons la reine après votre réveil.

CLÉANDRE

Je donnerai ce temps à mon inquiétude

Beaucoup plus qu'au sommeil et qu'à ma lassitude ;

Mais que jugerez-vous? excusez un esprit

i82 L'HEUREUX NAUFRAGE,

Saisi , confus , troublé , furieux , interdit ,

Incapable de tout en 1 état misérable

Où l'a mis la rigueur de son sort déplorable. ,

CÉPHALIE.

Nous vous plaindrons plutôt; reposez seulement, Et croyez qu'on a soin de votre allégement.

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