‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 122 sur 442 · ACTE 1, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IL

Le pilote est confus ; la science et l'usage Contre les grands dangers sont un foihle avantage; Le timon dans ses mains n'est plus qu'un vain fardeau ; Il laisse au gré des vents régir notre vaisseau; Et ce triste jouet d'un si puissant orage Contre le port enfin va faire son naufrage. L'Amour, ce foible dieu, ne nous put secourir, Et j'ignore quel sort m'empêcha d'y périr; Mais quelque heureux destin qui m'ait tiré de l'onde , Son secours m'outrageoit s'il y laissa Floronde; Et si de la splendeur ce jeune astre est privé, Mes mains me raviront ce qu'il m'a conservé.

SA.LMACIS, se levant.

O fatal accident! je plains votre infortune; Mais ressentez-la moins, puisqu'elle m'est commune. Vous me verrez , monsieur , partager avec vous Ce qui vous est amer et ce qui vous est doux. Adieu , prenez chez nous une entière puissance ,

Et sachez de ma sœur mon nom et ma naissance.

( Elle soit. ) CipHALIE.

Dalmatie est la terre où vous poussa le sort ;

Et quelques habitans vous trouvèrent au port,

Pâle , sans mouvement et froid sur le rivage

Où vous fûtes jeté par l'effort de l'orage :

A vous voir on jugea de votre qualité ;

Et la reine passant où vous fûtes porté ,

Votre sort la toucha; ses esprits s'altérèrent,

Et de ses tristes yeux quelques larmes tombèrent ;

Elle embrassa le soin de votr« guérison ,

Et vous tit transporter par ceux, de sa maison.

i8o L'HEUREUX NAUFRAGE,

CLÉAWDRE.

Et cette

CÉPHALIE.

Encor un mot vous tirera de peine :

Ma sœur est de ces lieux l'unique souveraine, Et vous trouvez chez elle un asile assuré Contre quelque danger qui vous soit préparé.

CLÉANDRE

Si par l'intention son soin est estimable, Quel dieu m'oblige plus et m'est plus adorable? Mais, hélas! qu'en effet elle a désobligé Un qui ne voit le jour que pour être affligé! Floronde ne vit plus ; la colère de l'onde N'aura pas épargné ce miracle du monde. Floronde, triste objet des injures du sort, Que l'amour en ton cœur fit un fatal effort! Que j'eus une faveur à ton repos funeste ! Que mon amour te fut une mortelle peste ! Et que, pour ton bonheur, tu devois détester Le cœur que je t'offris au lieu de l'accepter! Pour moi tu dédaignas l'éclat d'un diadème, Je te fis mépriser tes parens et toi-même. Et j'exposai tes jours sur un traître élément Qui n'a pu respecter un objet si charmant. Un malheureux destin m'a sauvé de l'orage. Et tes membres sacrés ont assouvi sa rage! Je vis, et tu n'es plus! O trop lâches douleurs, De n'avoir pour ta mort que de honteuses pleurs ! Que fait mon sang ingrat en ces débiles veines. Qu'entretenir ma honte et que nourrir mes peines? Un vain respect du ciebdétourne mon trépas, Et Cléandre peut être oir' Floronde n'est pas !

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