ACTE I, SCÈNE III. i
CÉPHALIE.
Et tout est légitime; Je le peins moindre encot qu'il n'est en mon estime.
DORISMOND.
N'est-ce point quelque dieu?
CKPHALIE.
Quand je le pcindrois tel, Ayant vaincu la Mort, il doit être immortel* Seul, il s'est conservé dans un péril extrême. Et s'est trouvé vivant au sein de la mort même.
DORISMOTVD.
Si bientôt la raison né vous vient secourir, Craigne^ cet immortel; il vous fera mourir. Mais d'une douce mort qu'on préfère à la vie.
CÉPHA.LIE.
Jugez combien sa vue excitera d'envie.
Et dans quelle manie il vous réduira tous. Puisque sans l'avoir vu vous en êtes jaloux. Mais souffrez qu'il repose, et tahtot
DOKISMONt).
ie vous laisse ; N'otez point à ce dieu l'objet de sa déesse. Révère-t-il si peu vos attraits glorieux, Et près de son soleil peut-il fermer les yeux ?
(Il sort en colère.) CÉPHALIE.
On souffre d'un jaloux, il a droit de se plaindre, Ainsi que nous l'avons de ne nous point contraindre.
( Klle va pour regarder entre les rideaux. )
Mais voyons si toujours il est en même point, Ou s'il prend du repos, lui qui n'en laisse point.
i84 L'HEUREUX NAUFRAGE,
c L É A N I) B E , se jetant a bas du lit. C'est trop laisser, Cléandre, assoupir ton courage En un si beau sujet de fureur et de rage ; Il est saison, hélas! de pleurer, de gémir. De plaindre, de crier, et non pas de dormir. Le repos t'est honteux hors du sein de Floronde , De celui de la terre, ou de celui de l'onde; Il faut , il faut mourir ; et le secours du temps Ne peut remédier aux ennuis que tu sens. Quel fer en ce besoin seconde mon envie? Quel poison , ou quel feu s'offre à m'oter la vie ? Floronde ne vit plus! ô ciel! ô dieux cruels! Insensibles auteurs de nos vœux mutuels , Si pour larmes ni cris vous ne la pouvez rendre, Achevez de la perdre , elle vit en Cléandre : Perdez ce malheureux' frappez, tuez, tonnez, Avancez le trépas que vous me destinez. Que déjà sous mes pas la terre n'est ouverte? Tout est sourd pour la rendre , et tout l'est pour ma perte.
CÉPHALIE.
C'est passer la douleur et ses justes regrets:
Que vos ennuis soient grands , mais qu'ils soient plus secrets.
Si vous devez souffrir, souffrez avec courage,
Et que votre raison conserve son usage.
Sortons, voyons la reine une heure seulement,
Et donnez quelque trêve à ce cruel tourment.
FIN DU PREMIER ACTE