SCENE PREMIERE
CÉPHALIE, LA NOURRICE. ^
LA NOURRICE
O dieux! que dites-vous?
CÉPHALIE.
Que ce prince d'Epire D'un insensible effet me met sous son empire ; La Parque sans effet a ses jours assaillis; Elle voit ses efforts et ses desseins faillis; La mer Ta respecté; cet élément barbare Ne fut pas sans pitié pour un objet si rare; Il a malgré le ciel, les vents, l'onde et le sort, Pour me faire mourir triomphé de la mort.
LA NOURRICE
Madame , au nom d'Amour , consultez davantage Sur ce triste dessein où votre esprit s'engage. Je ne puis condamner vos inclinations, Et je pourrois flatter vos jeunes passions : Mais votre déplaisir me seroit trop sensible , Et je vous promettrois un secours impossible.
i86 L'HEUREUX NAUFRAGE, Détournez cent malheurs ; étouffez ce serpent Que déjà vous sentez en votre sein rampant ; Que ce dessein fatal en sa naissance avorte , Et rompez votre chaîne avant qu'elle soit forte. La reine a pour ce prince
CÉPHALIE.
Ah! que m'apprenez-vous:
LA NOURRICE
Un cœur trop alnou^eux et des yeux trop jaloux; Cette visible ardeur à chaque heure s'augmente , Et jamais passion ne fut sî véhémente.
9 CÉPHALIE.
La reine aime Cléandre? 6 dieux!
LA NOURRICE
Plus que le jour, Et me vient d'engager à servir son amour.
CÉPHALIE.
O fatal accident ! aventure cruelle !
Vous m'annoncez la mort avec cette nouvelle.
Que de sa passion le succès sera prompt !
Que ne peut point l'Amour le diadème au front î
LA NOtflMtlCE.
Vous savez ses regrets pour certaine Floronde Qu'il croit être immolée à la fureur de l'onde.
CÉPHALIE.
Eh ! qui ne le sait pas ?
LA NOURRI Ce.
Ecoutez en deux: mots Ce que là reine a fait pour leur commun repos :