‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 126 sur 442 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CÉPHALIE, LA NOURRICE. ^

LA NOURRICE

O dieux! que dites-vous?

CÉPHALIE.

Que ce prince d'Epire D'un insensible effet me met sous son empire ; La Parque sans effet a ses jours assaillis; Elle voit ses efforts et ses desseins faillis; La mer Ta respecté; cet élément barbare Ne fut pas sans pitié pour un objet si rare; Il a malgré le ciel, les vents, l'onde et le sort, Pour me faire mourir triomphé de la mort.

LA NOURRICE

Madame , au nom d'Amour , consultez davantage Sur ce triste dessein où votre esprit s'engage. Je ne puis condamner vos inclinations, Et je pourrois flatter vos jeunes passions : Mais votre déplaisir me seroit trop sensible , Et je vous promettrois un secours impossible.

i86 L'HEUREUX NAUFRAGE, Détournez cent malheurs ; étouffez ce serpent Que déjà vous sentez en votre sein rampant ; Que ce dessein fatal en sa naissance avorte , Et rompez votre chaîne avant qu'elle soit forte. La reine a pour ce prince

CÉPHALIE.

Ah! que m'apprenez-vous:

LA NOURRICE

Un cœur trop alnou^eux et des yeux trop jaloux; Cette visible ardeur à chaque heure s'augmente , Et jamais passion ne fut sî véhémente.

9 CÉPHALIE.

La reine aime Cléandre? 6 dieux!

LA NOURRICE

Plus que le jour, Et me vient d'engager à servir son amour.

CÉPHALIE.

O fatal accident ! aventure cruelle !

Vous m'annoncez la mort avec cette nouvelle.

Que de sa passion le succès sera prompt !

Que ne peut point l'Amour le diadème au front î

LA NOtflMtlCE.

Vous savez ses regrets pour certaine Floronde Qu'il croit être immolée à la fureur de l'onde.

CÉPHALIE.

Eh ! qui ne le sait pas ?

LA NOURRI Ce.

Ecoutez en deux: mots Ce que là reine a fait pour leur commun repos :

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