‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 128 sur 442 · SCÈNE IL SALMACIS, CÉPHALIE, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL SALMACIS, CÉPHALIE, LA NOURRICE

SALMACIS

Heureuse et chère sœur, Qu'au prix de mon destin ton sort a de douceur! Que le ciel à jamais t'exempte de la peine Que fait aux jeunes cœurs une amour incertaine ! Le mien languit esclave en des liens si forts, Que les briser jamais excède mes efforts. Il n'est plus à propos de celer mon servage , Et mon inquiétude est peinte en mon visage.

i88 L'HEUREUX NAUFRAGE,

Ce prince , révéré de l'empire des flots ,

Qui conserva ses jours sans l'art des matelots ,

Tout pâle et tout changé par l'effort de l'orage ,

Même en ce triste état ébranla mon courage;

A son corps tout souillé certain charme étoit joint,

Et la mort sur son front ne m'épouvanta point.

S'il avoit des attraits en ce point déplorable,

Que voit-on maintenant qui lui soit comparable?

Et qui peut sans envie , ou sans aveuglement ,

Nier à ce vainqueur le titre de charmant ?

CÉPHALIE.

J'ignore de l'Amour et les traits et les flammes, J'ignore le pouvoir de ce tyran des âmes ; Mais , soit affection , amour, flamme ou désir , Je ne le vois jamais sans beaucoup de plaisir.

SALMACIS

La tristesse en ses yeux semble être naturelle , Tant elle y prend d'éclat et tant il la fait belle.

CÉPHALIE.

Ses pleurs ont des beautés que certains ris n'ont pas , Et sa mélancolie a de charmans appas.

SALMACIS

Ton sentiment m'oblige , et je crois mon estime

Par ton opinion encor plus légitime.

Emploie à m'acquérir ses charmes sans pareils

Tes soins industrieux et tes sages conseils ;

Il s'en offre un moyen : déjà toute l'Epire ,

Qui sait que dans ma cour ce jeune Mars respire ,

Ne médite qu'horreur, que carnage et qu'effroi ,

Si je ne le remets dans les mains de son roi.

Par son ambassadeur, arrivé dans mes terres ,

J'ai su qu'on veut sa perte ou d'éternelles guerres.

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