‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 129 sur 442 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

J'ai fait pourvoir Jara des vivres qu'il y faut; Et cette triste ville attend un ru4e assaut. Or, voici le moyen de m'acquérir Cléandre; 11 voit combien de soins j'emploie à le défendre ; 11 me voit irriter de puissans potentats , Et pour son intérêt hasarder mes états; Il voit entre ses mains nos fortunes remises ; Il préside aux conseils, aux soins, aux entreprises. Ainsi j'ai sans effort, et d'un subtil lien, Trouvé l'art d'attacher son intérêt au mien. Il reste d'effacer un importune idée Que.son fidèle esprit a si long-temps gardée ; 11 regrette Floronde, et, plaignant son destin. Doute encor que les flots en aient fait leur butin; Et moi, pour assurer sa croyance incertaine, Qui nous cause à tous deux une si longue peine, Comme de tous effets les présens sont auteurs, J'ai gagné par argent un de ses serviteurs Dont les flots irrités n'ont épargné la vie Qu'atin qu'il pût servir mon amoureuse envie : 11 lui doit témoigner que Floronde n'est plus, Me promet sur son cœur des titres absolus , Et flatte mon amour d'une attente si chère, Que je crois posséder parce que je l'espère. O ciel ! sois favorable à mes justes désirs. Fais naître un chaste hymen et d'innocens plaisirs. Ainsi tous les mortels révèrent ta puissance. Et bénissent toujours ton immortelle essence.

( Apercevant Clc'andre. )

Voilà ce beau vainqueur. Nourrice, de ce pas Que Lysanor lui vienne annoncer ce trépas.

( La aourrice sort. )

iQO L'HEUREUX NAUFRAGE,

s/:ène iii.

SALMACIS, CLÉANDRE, CEPHALIE.

c:ÉPHALiE, h part.

Que ses charmes sont doux !

CLÉAWDRE.

Il faut donc, grande reine Que mon malheur vous coûte une éternelle peine ! Quel sort injurieux m'a fait mal à propos Venir jusque chez vous troubler votre repos ? Si j'avois pour vous plaire employé cette épée, Si pour vous cette main s'étoit vue occupée , Et si j'avois, madame, aux dépens de mon sang, Entre vos serviteurs mérité quelque rang. Cette peine au besoin pourroit m'être accordée. Et votre courtoisie du moins seroit fondée : Mais qu'un rebut des flots , qui n'a rien mérité , Trouve un accueil si doux chez votre majesté, Abaisse vos pensers jusques à sa misère ,• C'est perdre vos faveurs plutôt que de les faire. N'étoit-ce pas assez que vos pieux efforts Eussent rendu le jour à ce malheureux corps , Sans me servir encor contre vos amis mêmes. Et hasarder pour moi jusqu'à des diadèmes? Evitez de TEpire et la rage et l'horreur, Livrez ce malheureux à sa juste fureur, Apaisez de son roi le courroux équitable, Sauvez les innocens et perdez le coupable; Ne me soyez pas bonne à vos propres dépens, Et ne détournez point le trépas que j'attends.

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