‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 130 sur 442 · ACTE fl, SCKNE Hî. jgi · texte numérisé non relu

ACTE fl, SCKNE Hî. jgi

SALMACIS

li,sl-ce que votre cœur sent de la violence En un si beau sujet d'exercer sa vaillance? Toute la Dalinatie attend de votre bras L'honneur de voir l'Épire et sa couronne à bas; Et, comme si déjà vos mains étoient lassées, Votre esprit s'entretient de funestes pensées. Voyons à quoi le ciel a destiné vos ans, Et mourons glorieux, ou vivons triomphans.

CLÉANDRE

A la seule douleur ma vie est destinée, Toujours en butte au sort, toujours infortunée; Et l'horreur de la mort est plus chère à mes yeux Que ne leur fut jamais la lumière des cieux.

SALMACIS

A qui n'espère rien la mort est souhaitable.

Mais de quelles grandeurs n'êtes-vous point capable!

CLÉANDRE

Floronde ne vit plus, et sa possession Ëtoit le seul objet de mon ambition.

SALMACIS

Que vous pouvoit Floronde offrir qu'une couronne? Et qu'importe qu'une autre ou qu'elle vous la donne?

CLÉANDRE

Elle s'offjx>it soi-même, et c'étoit me donner Tout ce qu'un heureu;^ sort me pouvoit destiner.

SALMACIS

Donc aucune à vos yeux ne peut être si belle, Et vous n') trouvez rien de ce qui fut en elle?

CLÉAIVDRE.

Toutes ont pour mes yeux de trop dignes attraits, Mais toutes pour mon cœur ont d'inutiles traits.

SALMACIS

Pour l'oublier sitôt sa perte est trop récente. Mais la force du temps passera votre attente.

CLÉANDRE

Avant que de former des desseins inconstans, Je m'exempterai bien de la force du temps.

SALMACIS

La mort seule vous peut soustraire à son empire ?

CLÉANDRE

Et la mort est aussi le seul bien où j'aspire.

SALMACIS, tout bas a Céphalie.

Ma sœur, lui dois-je ouvrir les secrets de mon sein? Ah! non, résiste, lâche, à ce honteux dessein.

CÉPHALIE, à Salmacis. Vous n'avez que trop dit; sa froideur est extrême, Et me touche, madame, à l'égal de vous-même.

SALMACIS, a Cléandre.

L'absence change enfin les plus fermes amans, Et le temps résoudra vos divers sentimens : Cependant estimez que je tire avantage Et de votre présence et de votre courage. Et qu'avecque vos soins et vos sages conseils Je méprise l'Épire et tous ses appareils.

CLÉANDRE

Pour n'être pas ingrat, plus que pour ma défense, J'emploîrai tous mes soins et toute ma puissance;

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