SCENE PREMIERE
LUSCINDE
UiEUx! que la jalousie en un jeune courage,
Alors qu'on aime bien, est une extrême rage!
L'Afrique en ses déserts ne présente à nos yeux
Rien de si redoutable et de si furieux.
Sitôt que ce jeune astre aux regards de la reine
Exposa sa clarté si belle et si sereine,
Aussitôt qu'à ses yeux lole se fît voir,
Bien loin de se contraindre et de la recevoir,
Avec bien plus de cris et bien plus enragée
Que Niobe autrefois sur la rive d'Egée,
Par son geste confus figurant son tourment,
Elle a tous nos esprits saisi d'étonnement :
Elle court sans dessein, et sa course rapide
Cent fois a fait trembler tout le palais d'Alcide;
Elle renverse tout, rompt tout, et sous ses pas
La maison est étroite et ne lui suffit pas;
Sa pâleur fait juger dii*mal qui la possède, j
La rougeur tôt après à la pâleur succède;
Elle verse des pleurs, et dans le même instant
Du feu sort de ses yeux, qui les sèche en sortant;
En diverses façons son visage s'altère ,
De moment en moment de soi-même il diffère;
Elle plaint, elle crie, et partout sa fureur
Excite la pitié, la tristesse et l'horreur....
Mais on ouvre... C'est elle. O dieux! de quelle sorte
Elle court furieuse où sa rage la porte!