ACTE V, SCENE IV
Payeroit de ce prix une amitié si rare, Et quel malheur me peint si difforme à tes yeux Qu'en cette élection la mort te plaise mieux?
CL^ANDRE
Je sais trop de quel prix sont vos aimables charmes, Et combien il est doux de leur rendre les armes; Je sais combien de rois envîroient mon bonheur : Mais la loi de mon sort m'ordonne cet honneur.
SALMACIS
Est-ce que dans l'éclat ton courage s'étonne? Crains-tu de succomber au faix d'une couronne? Pour tes timides pas un trône est-il trop haut , Et t'y plairois-tu moins que sur un échafaud? La qualité de roi peut-être t'importune , Et tu crains les grands soins d'une grande fortune. Eh bien ! pour être tienne , el pour suivre tes pas , Faut-il fouler aux pieds ce qui ne te plaît pas ? Faut-il sacrifier à cet amour extrême Titres, possessions, et sceptre, et diadème? Baniiirai-je pour toi respect , honte et devoir. Et faut-il seulement perdre tout pour t'avoif? Je suis prête à te suivre en quelque solitude Où ton superbe cœur souffre ma servitude, Où j'ose dire enfin : On a reçu ma foi , J'appartiens à Cléandre, et Cléandre est à moi.
CLÉANDRE
PouF prix de vos travaux, ordonnez, grande reine, Qu'on rende mille fois ma mort plus inhumaine; Faites qu'on joigne au fer la flamme et le poison, Et que je souffre tout pour votre guérison ; Car , pour me faire aimer autre objet que Florondc , Tome II. 16
Vous emploîriez en vain l'effort de tout le monde.
Les yeux de Céphalie ont des charmes si doux
Qu'on est trop glorieux de mourir de leurs coups;
J'ai trahi toutefois cette jeune merveille
Lui vouant une ardeur à la sienne pareille ;
Je faisois de sa peine un divertissement,
Et votre jalousie étoit sans fondement.
Donc que différez-vous de punir ce coupable?
Que je souffre une mort horrible , épouvantable ;
Et quand avec mes jours mes maux seront passés ,
Qu'on dise : Il aima trop, et n'aima pas assez....
SALMACIS
J'ai vu , cruel , j'ai vu quel souci te tourmente.
Pourquoi déguises-tu cette ardeur violente ?
Pour couvrir tes amours, pourquoi mal à propos
Des morts mêmes. vas-tu traverser le repos?
Floronde fut l'objet de ta mélancolie ,
Mais tes soucis enfin naissent de Céphalie ;
A l'impudique ardeur qui cause ton tourment ,
Un lit est en objet bien plus qu'un monument.
Si le ciel à Floronde eût conservé la vie ,
J'aurois imprudemment traversé ton envie;
Tes soupirs étoient dus à sa fidélité,
Avant que d'être grand mon feu fût avorté :
Mais Floronde n'est plus; et, pour une effrontée
Qui ne peut rien pour toi, ma flamme est rejetée.
Songe, hélas ! quelle erreur aveugle tes esprits;
Songe quel est l'objet de tes lâches mépris ;
Et si je dois encor espérer quelque place
En ce cœur qui pour moi n'est que marbre et que glacf
S il peut être sensible aux maux que j'ai soufferts,