‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 174 sur 442 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Payeroit de ce prix une amitié si rare, Et quel malheur me peint si difforme à tes yeux Qu'en cette élection la mort te plaise mieux?

CL^ANDRE

Je sais trop de quel prix sont vos aimables charmes, Et combien il est doux de leur rendre les armes; Je sais combien de rois envîroient mon bonheur : Mais la loi de mon sort m'ordonne cet honneur.

SALMACIS

Est-ce que dans l'éclat ton courage s'étonne? Crains-tu de succomber au faix d'une couronne? Pour tes timides pas un trône est-il trop haut , Et t'y plairois-tu moins que sur un échafaud? La qualité de roi peut-être t'importune , Et tu crains les grands soins d'une grande fortune. Eh bien ! pour être tienne , el pour suivre tes pas , Faut-il fouler aux pieds ce qui ne te plaît pas ? Faut-il sacrifier à cet amour extrême Titres, possessions, et sceptre, et diadème? Baniiirai-je pour toi respect , honte et devoir. Et faut-il seulement perdre tout pour t'avoif? Je suis prête à te suivre en quelque solitude Où ton superbe cœur souffre ma servitude, Où j'ose dire enfin : On a reçu ma foi , J'appartiens à Cléandre, et Cléandre est à moi.

CLÉANDRE

PouF prix de vos travaux, ordonnez, grande reine, Qu'on rende mille fois ma mort plus inhumaine; Faites qu'on joigne au fer la flamme et le poison, Et que je souffre tout pour votre guérison ; Car , pour me faire aimer autre objet que Florondc , Tome II. 16

Vous emploîriez en vain l'effort de tout le monde.

Les yeux de Céphalie ont des charmes si doux

Qu'on est trop glorieux de mourir de leurs coups;

J'ai trahi toutefois cette jeune merveille

Lui vouant une ardeur à la sienne pareille ;

Je faisois de sa peine un divertissement,

Et votre jalousie étoit sans fondement.

Donc que différez-vous de punir ce coupable?

Que je souffre une mort horrible , épouvantable ;

Et quand avec mes jours mes maux seront passés ,

Qu'on dise : Il aima trop, et n'aima pas assez....

SALMACIS

J'ai vu , cruel , j'ai vu quel souci te tourmente.

Pourquoi déguises-tu cette ardeur violente ?

Pour couvrir tes amours, pourquoi mal à propos

Des morts mêmes. vas-tu traverser le repos?

Floronde fut l'objet de ta mélancolie ,

Mais tes soucis enfin naissent de Céphalie ;

A l'impudique ardeur qui cause ton tourment ,

Un lit est en objet bien plus qu'un monument.

Si le ciel à Floronde eût conservé la vie ,

J'aurois imprudemment traversé ton envie;

Tes soupirs étoient dus à sa fidélité,

Avant que d'être grand mon feu fût avorté :

Mais Floronde n'est plus; et, pour une effrontée

Qui ne peut rien pour toi, ma flamme est rejetée.

Songe, hélas ! quelle erreur aveugle tes esprits;

Songe quel est l'objet de tes lâches mépris ;

Et si je dois encor espérer quelque place

En ce cœur qui pour moi n'est que marbre et que glacf

S il peut être sensible aux maux que j'ai soufferts,

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