‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 175 sur 442 · ACTE y, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE y, SCENE IV

Viens essuyer mes pleurs et qu'on brise tes fers : Pour empêcher ta mort fais cesser mon supplice; Par la justice même évite la justice; Pour ne te perdre pas^ Cléandrc , sauve-moi; '*'

Fais vivre et tu vivras, fais grâce et la reçoi.

CLÉANDRE

Enfin c'est trop cacher à l'ardeur qui vous presse Un secret important qu'il faut que je confesse: Que votre majesté m'accorde seulement Qu'en ce lieu Lysanor reviendra sûrement. Mais , dieux ! à quel effort ma crainte se dispense !

SALMACIS

Je te donne sa vie , apprends-moi son offense ; Que je souffre sa peine , et périsse au moment Que j'aurai de sa faute aucun ressentiment.

CL£ANDR£

C'est trop délibérer ;• Lysanor est Flordnde.

Le ciel en me sauvant la retira de l'onde.

Il sait bien que, perdant cette chaste beauté,

En me rendant le jour ce bras me l'eût oté ;

L'onde , malgré vos vœux , eut du respect pour elle ,

Et de sa mort sa voix m'annonça la nouvelle.

Pour d'expresses raisons cet objet plein d'appas

A votre majesté ne se déclara pas :

Elle apprit votre amour et redouta son père ,

Qui pouvoit me priver de ce bien que j'espère;

Elle est allée enfin trouver son successeur,

Non pas en qualité de héraut, mais de sœur;

Et lorsque j'espérois son retour et ma grâce ,

Et que le roi rendît la paix à cette place ,

J'eus avec Dorismond ce fatal accident ,

Pour un jaloux soupçon qu'il m'apprit en mourant. . Floroncle m'étant chère à l'égal de moi-même , Je ne l'ai point nommée en ce danger extrême ; Voyant tant de fureur avecque tant d'amour, J'ai craint que mon malheur ne lui coûtât le jour.

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