‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 184 sur 442 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

P AMP H ILE, seul d'abord; ensuite mS^, vêtue en cavalier.

PAMPHILE, qui s'est endormi dans le bois , s'éveille au chant des rossignols.

Petits habitans de ces bois, Témoins de ma longue tristesse , Les charmes de vos belles voix Augmentent le mal qui me blesse.

Employez ces divers accords A plaindre la triste aventure Qui mit des plumes sur vos corps , Et vous fit changer de nature.

Vous qu'Amour ne fait plus ni gémir ni pleurer ,

Soupirez de regret de ne plus soupirer.

26o LA CÉLIANE,

L'espoir entretient les amans, Et les flatte avec tant de charmes , Que vos plus doux contentemens Sont plus ennuyeux que nos larmes.

Quoique nos esprits affligés Témoignent de vives atteintes , En souffrant ils sont obligés Au sujet qui cause leurs plaintes.

Et leur mélancolie a de certains appas Qu'en ses plus doux transports la volupté n'a pas.

Puissant démon de l'amitié, Que les cœurs ont tort qui te craignent ! i Que leur repos fait de pitié !

Que nous plaignons ceux qui nous plaignent ! Que dans les assauts amoureux On gagne à se laisser atteindre !

Les vaincus sont les plus heureux, Et les vainqueurs les plus à plaindre.

Tu forces nos esprits avec des traits si doux , Que c'est craindre son bien que de craindre tes coups.

Tu fais paraître nos douleurs Dans les choses qui n'ont point d'âme ; L'air comme nous verse des pleurs, Et les cailloux font de la flamme ; Echo , par un triste propos , Nous entretient de son martyre; Le ciel n'a jamais de repos; L'eau se plaint , et le vent soupire.

La terre comme nous se range à ce dessein, Et présente des fruits à qui lui fend le sein.

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