‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 185 sur 442 · ACTE I, SCb:NE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCb:NE II

Que le sort d'un ain.int est doux Quand de beaux yeux l'ont fait malade!

Qu'il estime les dieux jaloux S'il obtient le bien d'une œillade!

Qu'il est content d'être défait!

Qu'il a de vœux pour qui le blesse!

Qu'il voit d'un esprit satisfait Ses blessures et sa faiblesse!

Qu'en sa perte son cœur trouve un état heureux.

Et qu'il serait fâché d'être plus généreux!

Si dans les stériles ferveurs

Il serre les fers et les dore,

Que fait-il lorsque les faveurs

Lui donnent l'objet qu'il adore?

Quel insensé voudroit guérir

De l'aimable ardeur qui le presse,

Et ne se plairoit à mourir

Entre les bras de sa maîtresse?

Ah dieux! qui de vous tous goûte un contentement Préférable au plaisir d'en parler seulement?

(Il se rendort. )

Mais d'un heureux repos le ciel me favorise. Agréable sommeil, entretiens-moi de Nise.

NiSE arrive près du bois ^ sans voir Pamphile

quelle cherche.

Donc j'aime encor ces faux attraits,

J'adore des yeux infidèles,

C'est pour moi seulement que l'Amour n'a point d'ailes

Et que la mort n'a point de traits !

Fais que dans l'horreur de ces lieux Le trépas termine mes peines ;

Et sollicite , Amour, à m'épuiser les veines Celui qui m'épuise les yeux.

Aveugle tyran de nos sens, Quelles cruautés sont capables D'assouvir ta vengeance et punir les coupables , Si tu punis les innocens?

Que tes lois ont de faux appas ! Qu'injustement on les adore!

Faux dieu, te peux-tu plaire en l'âme qui t'abhorre. Et vivre où l'on ne t'aime pas?

Laisse enfin régner ma raison ; Porte le venin que tu caches Dans ces cœurs orgueilleux ou dans ces âmes lâches Qui ne vivent que de poison.

Epargne ou redouble tes coups , Augmente ou fais cesser ma flamme ; Sors de ce cœur malade , ou fais sortir mon âme : Sois-moi plus cruel ou plus doux.

Quels dieux à ma prière allégeront mes peines , Si celles que j'adresse à moi-même sont vaines? Mes transports à mes mains ont cent fois eu recours, Et cent fois elles m'ont refusé du secours. Après l'effort qui m'a l'espérance ravie , Hélas ! je me hais bien d'aimer encor la vie. N'avez-vous point , mes yeux , assez versé de pleurs , Et mon teint languissant a-t-il encor des fleurs? En l'état où je suis, ai-je droit de me plaindre D'un feu que j'entretiens et que je puis éteindre? Simple , que de ce fer j'espère vainement

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