‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 191 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FLORIMANT, PHILIDOR.

PHiLiDOR, surprenant Florimant.

Après un siècle eqtier de poursuites si vaines, Céliane peut-elle encore vous toucher?

Demandez-vous à ce rocher Si celui qui vous blesse allégera vos peines?

FLORIMA.NT.

Ce soin n'est plus celui qui mon ame importune; Mais en voyant sortir ce liquide élément,

Je lui demandois seulement S'il commence à pleurer depuis votre infortune.

PniLIDOR.

Je crois que la beauté dont nous aimons les charmes Nous 6te également les sujets d'espérer;

Et ceux que mon sort fait pleurer Ne sont pas vos amis, ou vous doivent des larmes.

FLORIMANT.

Qu'ils plaignent à souhait ma douce rêverie, i^hilidor, leur pitié ne fait pas nos malheurs :

Que tout le monde fonde en pleurs, Pourvu que seulement Céliane me rie.

PHILIDOR

Jugez par la hauteur combien durent ces chênes. Votre amitié pourroit durer plus longuement

Avant qu'un regard seulement Vous fit imaginer qu'elle estime vos chaînes.

FLORIMANT.

Le temps vous l'apprendra par des preuves plus fortes. Donnez-vous seulement la peine de la voir :

Elle fera sur votre espoir Ce que l'hiver a fait dessus ces feuilles mortes.

PHILIDOR

A quelques animaux l'air sert de nourriture : Aucuns ont vu d'odeurs certains peuple vivant;

Le soleil se repaît de vent.

Ami, je vous crois tous d'une même nature.

FLORIMANT.

Echo ne peut fléchir l'amant qu'elle importune , La terre nous paroît toujours en même point.

Les ondes ne reposent point.

Ami , je vous crois tous d'une même fortune.

PHILIDOR

Il est vrai que ses yeux refusent mon hommage; Que son cœur est de marbre aussi-bien que son sein ,

Et que si le mien était sain Il songeroit plutôt à prier son image.

FLORIMANT.

Quoi qu'on doive souffrir pour de si belles choses, Ami, je suis atteint de te voir tourmenté, •

Et vais saluer ta santé D'une fois de nectar sur sa bouche de roses.

FIN DU PREMIER ACTE

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