‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 195 sur 442 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

NISE au lit, PAMPHILE.

PAMPHILE

Mes soins vous ont guérie , et par l'humaine loi Votre beauté me doit ce qu'elle tient de moi. Votre corps étant sain , vous seriez inhumaine Si vous ne souhaitiez que mon âme fût saine. Donc ne présentez plus d'obstacles à mes sens , Et soulagez l'ardeur de mes feux innoccns.

NISE.

Puisque les doux liens d'un heureux mariage Vont joindre à ton destin ma fortune et mon âge, Que puis-je refuser pour gage de ma foi Si par la loi d'amour je ne suis plus à moi?

PAMPHILE

Ah! propos qui me charme! ombre, amour, solitude. Témoins du prix qu'on donne à mou inquiétude , Qui voyez quel bonheur succède à mes regrets , Ne publiez jamais ces amoureux secrets , Et nous soyez, beaux lieux, plus fidèles encore Que ceux où va languir Céphale avec l'Aurore.

278 LACÉLIANE,

Que dois-je ici choisir, puissant maître des dieux.

De la bouche , du sein, de la joue ou des yeux?

Que dois-je préférer de tant de belles choses,

Si j'aime les œillets, et les lis et les roses?

Ma lèvre est suspendue en cette égalité ,

Et l'abondance ici cause ma pauvreté.

Mais cette belle bouche a terminé ma peine ;

Quel sujet tient encor mon ardeur incertaine ?

Qui ne sait , puisqu'elle a diverti mon trépas ,

Que mes premiers baisers sont dus à ses appas ?

Cher objet de mes vœux, mon ange, ma princesse,

Ah ! mon âme s'égare sur ces fleurs que je presse.

(Il tient sa bouche sur le sein de Nise.) NISE.

Qu'un esprit, cher amant, sent bien d'autres plaisirs Quand la seule vertu fait naître ses désirs ! En baisant ces cheveux , tu n'as qu'un avantage Qu'une toile insensible avecque toi partage. Crois-tu touchant ce corps alléger ton souci ? Ce bonheur est commun à mes habits aussi. Tous ces plaisirs sont faux si la beauté de l'âme N'est le premier objet de l'amoureuse flamme. Quand l'esprit s'est acquis de bonnes qualités , C'est à lui seulement qu'on doit ses libertés : Comme il est sans défaut , nos amitiés sont telles ; Comme il est immortel, elles sont immortelles. Qui sait ranger ses vœux aux lois de la raison, Ne porte point de fers et n'a point de prison : Son esprit innocent ne sait point d'artifices; Il ignore les mots de feux et de supplices ; Ses yeux ne jettent point ni de flamme ni d'eau, L'Amour n'a point chez lui d'ailes ni de bandeau,

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