‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 209 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

FLORIMANT.

Quelque foi que je donne à tes moindres propos, Je doute de me voir si près de mon repos, Et je tiendrai toujours cette gloire incertaine Si madame d'un mot ne me tire de peine , M'assurant de sa foi qu'un hymen solennel Après entretiendra d'un lien éternel.

N I s E , à Floriinant.

Puisqu'à vos passions le ciel m'a destinée, Que différons-nous plus un célèbre hyménée? Oui , ce corps est à vous , et la mort seulement A droit de traverser votre contentement.

FLORIMANT.

t)oux arrêt de ma vie!

PAMPHiLE, apart.

Et de mon infortune !

Dieux ! que votre grandeur me seroit importune !

Que ma victoire est belle et mon destin heureux,

De m'avoir fait époux aussitôt qu'amoureux!

Mais , Pamphilc , un remords que ton regard m'envoie

Traverse infiniment ce doux excès de joie;

Ton œil triste et mourant prouve un ennui secret ,

Tu ne me donnes point ce trésor sans regret;

Et dans ce déplaisir dont ton âme est atteinte,

La voix me fait une offre et tes yeux une plainte.

Aussi je t'obéis avec peu de raison ,

Et mon ingratitude est sans comparaison.

Hélas ! dois-je souffrir que mon sujet sépare

Ce que le ciel a joint d'une amitié si rare?

3oo LA CÉLIANE,

Vos soupirs étouffés, adorable beauté,

Ne m'accusent que trop de cette lâcheté.

Il est vrai que j'offense une amour trop parfaite ;

J'avoue, heureux amans, votre plainte secrète;

Sur ce cœur criminel elle obtient son effet ,

Et le traître renonce au dessein qu'il a fait.

Que de nouveaux sermens réunissent vos âmes ;

Je ne m'oppose plus à vos fidèles flammes ;

Et puisque je dois prendre ou Nise ou le tombeau,

J'épouse le dernier et je le trouve beau.

Le noir froid de la mort à mes yeux a des charmes.

Adieu, vivez heureux, ne versez plus de larmes.

Sans crime désormais je puis voir le jour;

Souffrez que l'amitié triomphe de l'amour.

(Il veut se tuer.)

PA M p H I L E , /e retenant.

Las ! permets à nos pleurs de mouiller nos visages ; Notre amour rend par eux ses derniers témoignages : Ce dieu reçut dans l'eau l'être et le sentiment; Souffre qu'il meure aussi dans le même élément. Il est mort pour Pamphile ; et ces dernières larmes Me vont rendre ce dieu sans pouvoir et sans armes : C'est fait, je n'aime plus,

NISE.

Ah ! cruel , que dis-tu ?

PAMPHILE

Qu'autant qu'il est permis de chérir la vertu.

FLORIMANT.

Nise, employez pour lui vos redoutables charmes; Se défendant si mal , prenez pour lui les armées. Sous quelle étroite loi me veut-il engager.

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