ACTE IV, SCENE III. 3o
PHILIDOR
Lis OU le ciel a peint mes désirs innocens , Soucis qui figurez les ennuis que je sens , Œillets qui me peignez le beau teint de ma dame , Roses qui faites voir la couleur de ma flamme
Tout ce discours, monsieur, vaut moins que votre argent; Mon père veut surtout que je sois diligent.
PHILIDOR
N'épargne à mon sujet ni le temps ni la peine ; La récompense , ami , ne t'est que trop certaine. Dieux, que je vois d'appas dessous ce teint vermeil,. Et qu'il a de rapport au teint de mon soleil ! Ses yeux, sa même voix, son geste, sa parole.
CÉLIA.NE.
Au lieu de prolonger cet entretien frivole, Payez-moi ces bouquets si fraîcbement cueillis. Voyez-vous de ces fleurs vos jardins embellis ?
PHILIDOR, la reconnoissant.
Au moins tu les soumets aux œillets de ta joue. Sur qui toujours la grâce avec l'amour se joue , Et pour qui je promets ce que j'ai de plus clier Si j'obtiens seulement le bjen de les toucher. Tu me connois , mon cœur , et ma persévérance A mérité les fleurs d'une heureuse espérance.
Le temps me presse , adieu : quelque jour Florimaiit Te dira le sujet de ce déguisement;
3o4 LA CÉLIANE,
Ou, si tu veux tout seul achever ta harangue,
Cette fleur te fera l'office de ma langue.
(Elle lui donne un souci , et sort. ) PHILIDOR seul.
Au lieu d'avoir rendu mon tourment adouci, Elle s'enfuit, l'ingrate, et me laisse un souci. Donc je tiens tout le fruit de mes longues poursuites ! Des soucis sont les fleurs que ma peine a produites; Elle rit de ma flamme , et tajit de cruauté Ne me fait pas quitter cette ingrate beauté! Tu ne peux, Philidor, supporter cet outrage: Elle a plus de rigueur que tu n'as de courage.* Éteins, cruel, éteins ces inutiles feux; Ne verse plus de pleurs, ne pousse plus de vœux. Suivant encor la loi de cette âme intraitable , Toi-même tu serois de t:on malheur coupable ; La vertu de garder une immuable foi , Après tant de rigueur, seroit un vice en toi; Etouffe ce brasier, qu'un autre esprit te flatte, Et perds le soin honteux d'adorer un ingrate. O frivoles discours ! que je parle aisément ! ' Mais que j'aurois de peine à guérir ce tourment! Qu'un remède est aisé dans l'esprit d'un malade , Et que facilement il se le persuade!
Mais lorsque l'abusé travaille à sa santé , Qu'il y remarque peu cette facilité!
Depuis que cet enfant qui régit tout le monde Fait révérer ses lois sur la terre et sur l'onde. Depuis que tant de cœurs soupirent dans ses fers , Quel amant a souffert les maux que j'ai soufferts? Il est constant aussi qu'entre toutes les dames Céliane a fourni les plus ardentes flammes ,