‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 211 sur 442 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CELIANE, déguisée en jardinier^ tenant un panier de fleurs; ensuite PHILIDOR.

cÉLiAiVE seule.

Jalouse frénésie , où portes-tu les dames

Depuis que ton poison s'empare de leurs âmes?

Quels étranges moyens leur fais-tu concevoir

Pour connoître le mal qu'elles craignent de voir ?

Qu'il me seroit aisé de sortir de misère

Si le ciel m'avoit fait une âme plus légère !

On ne me verroit pas , le sein mouillé de pleurs ,

En ce rustique habit aller vendre des fleurs.

Le souci d'épier si l'ingrat m'a changée

Ne m'eût pas aisément à ce dessein rangée.

En ce prochain logis cet infidèle amant

Entretient tous les jours sa joie et mon tourment;

Là , de mille faveurs sa nouvelle maîtresse

Flatte les passions de cette âme traîtresse ;

Quelque soin qu'il emploie à couvrir ce dessein ,

Il ne me peut ôter cette crainte du sein;

Et je verrai bientôt, par cette feinte aisée,

Que son humeur est plus que mon corps déguisée.

PHILIDOR arrivant.

Voyons ces belles fleurs. Quelle peur t'a surpris ? On ne veut pas, ami, te frustrer de leur prix.

CÉLIANE, a part.

Ah dieux! c'est Philidor! Plût au ciel que leur perte M'affranchît du regret de me voir découverte!

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