‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 225 sur 442 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Encore assez souvent ils étoient rejetés; J'aiino.is sans espérance , et leur humeur farouche M'accordoit rarement un haiser de leur bouche. Aujourd'hui je possède un miracle d'amour, L'objet le plus charmant qui respire le jour , A qui je ne dois rien que de l'obéissance, Et dont mon amour seule égale la naissance.

FLORIMANT, à part.

O dieux!

NISE.

Par ce discours tant de fois répété Tu ne fais qu'un reproche à mon honnêteté. Il est vrai que je suis d'une humeur trop facile; Je suis coupable autant que ta naissance est vile ; J'aime au lieu le plus bas que je pouvois aimer. Des princes par mes yeux se sont laissé charmer; Mais un aveugle enfant me brûle de ses flammes; Sans égard son pouvoir dispose de nos âmes; 11 m'a réduite au point de ne changer jamais, Et d'arrêter en toi tous les vœux que je fais. J'épouse Florimant , mais ce froid hyménée N'est qu'une couverture à ton bien destinée : Ce nom ne servira qu'à couvrir nos plaisirs, Que nous rendrons toujours égaux à nos désirs.

FLORIMANT.

Tu mentiras, lascive.

JULIE

Ecoutons.

o merveille A qui jamais l'Amour n'en fit une pareille, Que je suis au-dessous de cet excès d'honneur!

Dieux , que n'est mon mérite égal à mon bonheur !

Mais j'ai trop assuré mes fidèles services,

Ma bouche maintenant veut d'autres exercices,

Sa violente ardeur ne se peut contenir ;

Je sais mieux vous baiser que vous entretenir.

Agréîible transport dont mon âme est ravie,

Ah ! qui dans vos plaisirs conserveroit la vie !

FLORIMANT.

O signes trop certains du malheur de mes jours ! Eteignons dans leur sang leurs lascives amours.

JULIE, /e tirant loin de la porte.

Cherchez, cherchez Pamphile, et différez, mon frère, Ces violens efforts d'une juste colère ; Non pour lui conserver cet objet odieux Qui doit être abhorré de la terre et des cieux, Mais pour le divertir par un soin favorable Du funeste conseil de son sort déplorable. Il consulte en ces bois sur la fin de ses jours , Si déjà ce cruel n'en a borné le cours. Las ! j'ai trop reconnu sa passion secrète ; Le présent qu'il vous fit est un don qu'il regrette ; Détournez son trépas , faisant ses yeux témoins De l'infidélité qu'il soupçonne le moins.

Dieux! qu'un prompt changement renverse toutes choses, Et que je suis confus en ces métamorphoses!

JULIE

Mais la nécessité d'aller à son secours

Vous doit faire épargner le temps et le discours.

FLORIMANT.

Attends-nous en ces lieux.

(Il sort.)

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