ACTE V, SCÈMÎ VllI
PAMPIULE.
Ne me proposez plus de servir cette belle, Elle est (lue à l'amant qui meurt d'amour pour elle , Déjà ce beau mignon, son cœur et son espoir, Est privé trop long-temps du bonheur de la voir. Prions-le de paroître.
( Il va lever la tapisserie.) NISE.
O dieux ! je suis perdue.
FLORiMANT, prenant Cèliane.
Viens, traître, recevoir la faveur qui t'est due; Meurs aux pieds de ta vie, et va traiter l'amour.
ciLlANE.
Oui, je perds sans regret la lumière du jour.
TLORIMANT.
o dieux ! c'est Céliaue.
(Le l'er lui tombe des mains.) CKLIANE.
Ajoute, a me perfide, A cette qualité le titre d'homicide, Exerce sur mon cœur ton courage inhumain ; Ton œil l'a bien percé, perce-le de ta main. Ne pouvant qu'obtenir de ce cruel courage, Qu'il me donne la mort s'il ne peut davantage. Je vis pour être tienne, et, ne le pouvant pas, Qu'au moins de ta faveur je tienne le trépas.
FLORIMANT.
Dieux, que j'en suis touché! que sa voix a de charmer! Cesse de soupirer, épargne-moi des larmes; Et souffre qu'à tes pieds, adorable beauté,
J'implore le pardon de ma légèreté; D'autres n'ont plus sur moi qu'un pouvoir inutile. Je ne m'oppose plus au dessein de Pamphile, Et je veux désormais t'aimer si constamment Que rien n'égalera notre contentement.
JULIE
O dieux , l'heureux effet !
Avec quelles caresses Puis-je récompenser de si douces promesses? Et toi qui m'as portée à cette invention , Que je suis obligée à ton affection !
JULIE , a Pamphile et a Florimant.
Voyez si mon esprit mérite des louanges,
Étant le seul auteur de ces effets étranges.
Céliane épioit, sous ces faux vêtemens,
Si Nise étoit l'objet qui causoit vos tourmens ,
Et la reconnoissant j'ai conçu cette feinte
Pour bannir d'entre nous la tristesse et la plainte.
Le ciel a tellement favorisé mes vœux ,
Que rien n'est plus contraire au bonheur que je veux:
Leurs crimes supposés, et leurs feintes caresses,
Donnent à trois amans leurs premières maîtresses.
PAMPHILE, a Nise.
Heureuse invention! Mais que m'ordonnes-tu, M'ayantvu, chère amour, soupçonner ta vertu? J'aurois trop peu de pleurs pour laver cette offense Si mon seul repentir servoit à ma défense. Mais tu m'as obligé toi-mcme à t'offcnser, Et tu m'as fait faillir pour me récompenser.