‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 234 sur 442 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

Qu'un Médor sans renom possédoit les beautés Dont ses fameux rivaux, ont été rejetés, Et que tous les matins sur le rivage maure Un chasseur languissoit dans les bras de l'Aurore. Mais déjà ces beaux yeux réchauffent mes désirs : Baisons-nous mille fois, je meurs en ces plaisirs.

FLORIMANT.

En ce ressentiment c'est trop de retenue; L'injure qu'il nous fait nous est assez connue.

( Frappunt contre la porte.)

Rompons , brisons la porte.

cÉLiANE, se levant.

Ah dieux ! qu'ai-je entendu ?

NiSE, riant.

Cache-toi , mon souci.

FLORIMANT, les voyaut au travers de la porte. Voyez comme éperdu , Pour éviter l'effet de ma juste furie, Le traître s'est caché sous la tapisserie. Brisons, qu'attendons-nous en cette passion?

N I s E , ouvrant la porte.

D'oîi vous provient, monsieur, tant d'altération?

FLORIMANT.

Quoi , toujours solitaire , et toujours si pensive!

NISE.

Je m'entretiens ici du bonheur qui m'arrive, Et mon penser prévient de souhaits infinis L'agréable moment où nous serons unis.

FLORIMANT.

Oui, tu le chéris fort ce moment favorable, Car ma possession t'est fort considérable;

Tu n'adresses qu'à moi tous les vœux que tu fais,

Et je puis rendre seul tes désirs satisfaits :

J'ai fort touché ton cœur, et sans doute il ne pense

Qu'à faire en ma faveur des efforts de constance.

Cette fidélité ne se peut violer;

En vain tout l'univers la voudroit ébranler ;

Et je crois que jamais la veuve de Sichée

Ne fut pour un Troyen si vivement touchée.

Qu'ai-je pour mériter cette inclination?

Peux-tu bien subsister en tant de passion ?

Que l'amour est puissant dans le cœur d'une dame !

Le tien étouffera de l'ardeur qui l'enflamme.

Modère ces transports, ma lumière, mes yeux,

Et ne m'aime pas tant pour te conserver mieux.

O le fidèle objet!

JULIE, a part.

O l'agréable ruse!

NISE.

Oui, fidèle, et bien plus que celui qui m'accuse. Ma constance , monsieur , n'a que trop de témoins.

FLORIMANT.

Oh! qu'elle en est remplie! Artémise en eut moins.

Jamais un paysan n'a ton âme blessée.

Et jamais à nos yeux il ne t'a caressée?

Je vous rends , cher ami , cet aimable trésor ;

Il ne me touche plus , et vous l'aimez encor.

Adorez constamment cette rare merveille

Dont la fidélité n'eut jamais de pareille.

Un secret repentir me rend mes premiers fers ;

Céliane est sensible aux maux que j'ai soufferts.

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