SCÈNE IL Les mêmes; FERRANDE
AMINTAS
Le cœur, brave captif, répond-il au visage, Et d'un esprit serein portez-vous le servage? Voir les grands accidens d'un œil toujours égal , Et savoir s'y résoudre , est la moitié du mal.
FERRANDE.
Si les fers étonnoient et rendoient le teint blême , Avec quelle vertu verroit-on la mort même?
358 LA BELLE ALPHRÈDE,
Oui , je porte, seigneur, un cœur et noble et fort, Préparé dès long-temps aux accidens du sort, Qui tient à son pouvoir toute crainte soumise , Et qui sait dans les fers conserver sa franchise : Hommes, dieux, élémens, enfers, parques, prison, Tenteroient vainement d'ébranler ma raison ; Je ne connois la peur sur terre ni sur onde , Et verrois sans trembler la ruine du monde.
Une constance telle, et dans telle saison. Certes , est sans exemple et sans comparaison.
AMINTAS
J'admire également , en ce sage langage , La grandeur de l'esprit et celle du courage. Et je me sens pressé par ces deux qualités D'apprendre et d'honorer le nom que vous portez , Et m'informer de vous quelle est votre naissance , Pour régler les bienfaits par cette connoissance.
FERRANDE.
C'est là de mon destin la plus sévère loi , Qu'il faille relever d'un autre que de moi ; Qu'on en puisse exiger de lâches déférences , Et qu'entre nous le ciel ait mis des différences. Qu'heureux vous est le sort, qui fait que je ne pUis En des lettres de sang marquer ce que je suis!
ACASTE
Dieux! quelle extravagance à la sienne est égale ?
AMINTAS
Mais puisqu'à vos désirs la fortune est fatale , Qu'elle a les yeux bandés , et sans distinction