AMINTAS, FERRANDE, PIRATES ARABES
AMINTAS, à Ferrande.
Que je vous dois de vœux! quel ange , quel Mercure Fut jamais messager de si douce aventure? Quels biens vous puis-je offrir qui ne cèdent encor Au bien de recouvrer un si rare trésor?
FERRANDE.
Celui de ma franchise est le seul que j'implore.
AMINTAS
Et moi vous la rendant j'y joins la mienne encore; Et si quelque sujet s'offre de vous servir , J'en ai fait un dessein qu'on ne me peut ravir.
FERRANDE.
Qui détache des fers un homme de courage Se le conserve mieux et plus fort se l'engage. Eprouvez désormais aux dépens de mon sang Si chez moi votre nom tient un illustre rang : Essayez si ce cœur anime un bras timide , Et soyez-moi l'CEnée et la Junon d'Alcide. De quel fameux Centaure et de quel Achélois Ne ferois-je un trophée à mes moindres exploits? Quel Nesse an sang mortel , quel portier de l'Avemc, Quel monstre de Némëe, et quel serpent de Lerne, Ne trouveroient en moi cet Alcide indompté Qui fit tant de vaincus et ne l'a point été ?
AMINTAS
Pour dernière faveur , achevez de m'apprendre Par quelle loi du sort Alphrède ose entreprendre Ce périlleux voyage en ce déguisement.
364 LA BELLE ALPHRÈDE,
FERRANDE.
Deux mots vous l'apprendront : elle suit un amant. Mais de tous le plus fier et le plus infidèle, Et qui fait , au mépris de la foi qu'il eut d'elle , D'une moindre beauté l'objet de ses désirs. Son hymen étoit prêt de combler ses désirs, Lorsque pour ce dessein tirant vers l'Angleterre , Qui de cette rivale est la natale terre, Le vent nous a chassés en ce bord étranger : Alphrède nous suivant eut sa part du danger; Et sa nef en ce lieu , vain jouet de l'orage , De même vent poussée , a fait même naufrage : Son malheur l'a rejointe à ce qu'elle aime tant, Et Rodolphe est le nom de ce jeune inconstant. Mais on amène Alphrède.