‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 249 sur 442 · ACTE II, SCENE IL 3Gi · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL 3Gi

De recouvrer ta fille au séjour où nous sommes! Toi que je crus mon seul et mon dernier appui , Prends, prends en ce devoir un second aujourd'hui. Le ciel d'un beau surgeon accroît notre famille ; Il te donne une sœur et me rend une fille : Dans le doute où je suis j'ai voulu la nommer, Pour obliger cet homme à me le confirmer; Et j'ai par art tiré son nom de sa pensée. Qu'en la préoccupant j'avois embarrassée.

ACASTE, h Amintas.

Mon esprit transporté d'aise, d'étonnement. Ne me laisse qu'à peine un peu de sentiment Pour bénir avec vous la puissance suprême A qui je suis tenu de ce bonheur extrême. Commandez qu'on l'amène. En ce ravissement. Pouvons-nous sans la voir respirer un moment?

FERRANDE, Cl part.

Dieux! qu'est-ce que j'entends? quelle est cette merveille?

A peine mon esprit se fie à mon oreille,

Parmi ces sentimens d'amour et de douceur,

Et dans ces noms d'Alphrède, et de fille et de sœur.

AMINTAS

Le sang me l'a nonmiéej à sa première vue , .

Mon âme d'un doux trouble aussitôt s'est émue; j Et quoique le soleil ait fait, depuis le jour Qui nous a séparés, quatorze fois son tour. Cet instinct naturel qu'à l'abord on sent naître , Malgré ses faux habits me l'a fait reconnoître. Le puis-je taire encore? Alphrède est en ces lieux, Et je la tiens deux fois de la faveur des cieux!

362 LA BELLE ALPHRÈDE,

Rends, Acaste, à mes yeux un bien- qui m'est si rare :

Je trouve ce trésor et je m'en suis avare!

Je demeure immobile et ne l'embrasse pas !

Mon âge en cette ardeur peut retenir mes pas ;

Cours; mais à mes vieux ans accorde cette grâce,

Que premier je me nomme et premier je l'embrasse.

Joignons à cette joie un divertissement;

Fais qu'avant qu'être heureuse elle souffre un moment

Dis-lui qu'on lui prépare et les fers et les gênes ,

Et que la mort est prête à terminer ses peines.

Eprouvons sa vertu. • ,

ACASTE

Laissez m'en le souci.

Je reviens de ce pas^ et je la rends ici.

(Il sort.)

AMiNTAS , bas h l'un des Arabes.

Vous , Géraste , écoutez.

FERRAWDE.

Qu'agréable est l'orage Qui doit être fini par un si beau naufrage , Et que douce est la perte à qui tant d'heur est joint!

PREMIER is.Vik.^'Ë.^a Amintas.

Je vais vous obéir.

AMINTAS

Allez, ne tardez pas.

(L'Arabe sort.)

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