‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 266 sur 442 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

386 LA BELLE ALPHREDE,

Ainsi le fruit naissant de nos tristes amours

Sans avoir vu le jour a terminé ses jours;

Ainsi je l'ai frustré du bien de la lumière,

Et le lieu de son être est devenu sa bière ;

La mort ferme ses yeux avant qu'ils soient ouverts,

Et devant qu'être au monde il descend aux enfers.

Quel mortel ennemi, quel monstre, quelle peste,

Quel tigre, quel serpent est aux siens si funeste?

Parens infortunés! toi, Thyeste, qui fis

De ton sein malheureux le tombeau de tes fils;

Et toi, triste vieillard dont les mains parricides

Privèrent de clarté les yeux toujours humides ,

Vous pleuriez innocens ; et , traître que je suis.

Les yeux secs je l'envoie aux éternelles nuits.

FÉRRANDE.

C'est trop perdre de temps; soyons-en plus avares. Et fuyons au plutôt de ces rives barbares.

RODOLPHE

Fions-nous donc encore à la fureur des eaux ;

Que Londres soit l'endroit où tendent nos vaisseaux ;

Non pas que le pouvoir des charmes d'Isabelle

Entretienne en mon cœur aucun dessein pour elle ,

Mais pour en quelque sorte expier mon forfait ,

Et pour exécuter le dessein que j'ai fait

De punir ce barbare en un autre soi-même ,

Sacrifiant son fils à ma douleur extrême ;

Ou dans mon propre sang , si le sort est pour lui ,

Laver ma perfidie et noyer mon ennui.

(Ils sortent.)

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