‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 265 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

RODOLPHE, CLÉANDRE, FERRANDE.'

RODOLPHE, a part.

O vous qu'à son besoin l'innocence réclame , Auteurs d'un si beau corps et d'une si belle ame , Vengez de leurs accords le malheureux débris, De notre liberté trop regrettable prix; Frappez ce malheureux , non pas de ce tonnerre • Dont fut puni l'orgueil des enfans de la terre : Un peu d'air corrompu, le moindre coup de vent, Un souffle détruira ce squelette mouvant. Mais, 6 vaine fureur, vengeur lâche et timide, De chercher hors de toi l'auteur de l'homicide ! Rodolphe, quel bourreau que ta déloyauté A le coup de sa mort en son beau sein porté ? Contre lui ton remords injustement t'anime; Ne lui souhaite point la peine de ton crime; Il est bien moins cruel que tu n'es inhumain, Et ton cœur a failli beaucoup plus que sa main. Au moins , lâche fureur, si de la seule vie De cet objet d'amour tu t'étois assouvie. Tu serois pardonnable; on voit des trahisons, Et mon ingratitude a des comparaisons : Mais tu ne voulois pas pouvoir être égalée , Et jusques à mon sang ta rigueur est allée; Pour commettre un forfait seul comparable à soi, J'ai voulu sans mourir être meurtrier de moi , Et je me suis cherché jusqu'au ventre d'Alphrède, Pour soiiler celte rage à qui toute autre cède.

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