ACTE III, SCÈNE VIII
ACASTE
La beauté du sujet honore la victoire; '
Et vous avoir servie est pour nous trop de gloire. En quelques intérêts qui vous puissent toucher, Croyez que cet emploi nous sera toujours cher.
EURILAS.
Ma curiosité, sans vous être importune, Se peut-elle informer quelle est votre fortune? Cet habit étranger, joint au rare plaisir Que j'ai reçu de vous, m'oblige à ce désir.
ALPHRiîDE.
Barcelone en Espagne est ma natale terre , D'où ce mien frère et moi passons en Angleterre, Pour annoncer la mort du plus parfait amant A qui jamais la Parque ouvrit le monument: Rodolphe étoit son nom , sa maîtresse Isabelle , Que cet ami mourant me peignit la plus belle Qui dans Londres jamais ait respiré le jour.
EURILAS.
Comment, Rodolphe est mort!
ISABELLE
O triste fruit d'amour!
O loi de nos destins inhumaine et barbare ! Hymen alloit nous joindre, et la mort nous sépare'
ALPHRÈDE, a part.
O dieux!
ISABELLE
Je suis la seule à qui touche sa mort , A qui doit s'adresser ce funeste rapport ; Isabelle est mon nom.
3^4 LA BELLE ALPHREDE,
ORANTE, a part.
Aventure cruelie!
ALPHREDE.
J'apporte avec regret cette triste nouvelle ; Mais lui-même en mourant m'enjoignit de vous voir , Et son désir exprès m'oblige à ce devoir. Avançons , et suivant le chemin qui vous reste , Je vous entretiendrai de ce rapport funeste.
(A part.) I
J'ose enfin l'espérer : Amour, peste des cœurs, Je forcerai mon sort et vaincrai tes rigueurs.
Fllf DU TROISIEME ACTE.