‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 280 sur 442 · ACTE IV, SCEÎ^E 111. 4o · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEÎ^E 111. 4o

De votre belle vie eût terminé le cours: Jugez donc d'un plus grand , et quelle maladie Ce peut être qu'hymen si l'on n'y remédie. Depuis que ce poison nous a gagné le cœur , Il trouble les esprits, amortit la vigueur, Et si cruellement à la fin nous possède , Qu'il faut bientôt mourir ou trouver du remède. Ce n'est pas sans dessein, ô divine beauté. Que je parle d'Amour et de sa cruauté.

Si pour un malheureux quelque pitié vous touche

Mais, la^! 4ois-je fier ce discours à ma bouche?

ORANTE, h part.

O miracle d'amour! ô bonheur sans égal! Au moment que je l'aime il partage mon mal.

Si, dis-je, un malheureux vous trouve assez humaine Pour prêter vos faveurs .\ l'excès de sa peine, Il vous devra le jour qu'il tiendra de vos mains. Et vous l'égalerez aux plus heureux humains.

ORANTE

Quel est ce malheureux?

ALPHRÈDE.

Si j'obtiens cette grâce, Qu'en sa faveur chez vous la pitié trouve place, Je vous dirai son nom.

ORANTE, a part.

Il veut parler de lui, Et se veut déguiser dessous le nom d' autrui.

(Han»,)

Ne le connois-je pas?

4o4 LA BELLE ALPHREDE,

ALPHRÈDE.

C'est un autre moi-même , Un dont les intérêts me sont chers dans l'extrême, Et dont la passion ne se peut exprimer.

ORANTE, a part.

Qu'un amant est timide! il ne s'ose nommer.

ALPHRÈDE.

C'est mon frère, en un mot.

ORAWTE, a part.

O dieux, l'erreur cruelle!

ALPHRÈDE.

Il est passionné

ORANTE

De moi?

ALPHRÈDE.

Non, d'Isabelle.

ORANTE, a part.

Quelle est ma vanité! je pense sous ma loi Captiver tout le monde, et nul ne songe à moi.

ALPHRÈDE.

Servez sa passion, et nous obtenez d'elle Qu'elle soit pour Acaste aussi douce que belle.

ORANTE

Oui, je lui parlerai de son affection,

Et m'emploîrai pour lui , mais à condition.

ALPHRÈDE.

Quelle?

ORANTE

Que , répondant à mon amour extrême , Vous aimerez Orante autant qu'elle vous aime.

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