ACTE V, SCÈNE I. 4i
Fallût-il, au milieu du bal ou du festin, Aller de ce perfide achever le destin, Je suivrai sans respect la fureur qui me presse , Et le poignarderois au sein de sa maîtresse.
FERRANDE, aprks wi moment de réflexion.
Voyez comme on profite à beaucoup consulter: Donnez -moi ce cartel, je vous vais contenter; Je le rends en ses mains, sans risque et sans fortune, Par une invention plaisante et non commune. On prépare un ballet pour ces jeunes amans; Vous av^ entendu le son des instrumens; C'est ce qu'on répétoit en notre hôtellerie. L'hôte fera pour moi
RODOLPHE
Dis donc tôt, je te prie.
FERRANDE.
Qu'il me sera permis d'en dispenser les vers.
RODOLPHE
Eh bien?
FERRANDE.
Lors sans hasard aisément je vous sers, Mettant aux mains d'Acaste en la place des rimes La prose qu'ont produit vos fureurs légitimes; Même un mot en sortant lui marquera l'endroit Où vous le recevrez à disputer son droit.
RODOLPHE
L'invention est rare.
FERRANDE.
Et surtout elle est sûre.
4i4 LA BELLE ALPHREDE,
RODOLPHE
Fais-la donc réussir, mais tôt, je t'en conjure. Nous, allons cependant reconnoîtrè le lieu Que tu lui prescriras.
FERRANDE.
Je vous attends; adieu.
(Rodolphe sort.)
Que d'une vaine ardeur son âme est enflammée, Et que ces beaux desseins produiront de fumée! Tous conseils lui sont vains, tous respects superflus. Et s'il fait comme il parle , Acaste ne vit plus. Cependant une mort si prompte et si certaine» Ne l'empêchera pas que cette nuit prochaine Il ne rende ses vœux accomplis de tout point, Et ne fasse un métier que les morts ne font point. Mes respects, mes conseils, mes doutes et mes craintes, Pour le décevoir mieux sont d'agréables feintes Qu'à mes soins en partant Alphrède prescrivit, Quand des rives d'Oran cet astre le ravit.
( Il sort. )