ACTE V, SCÈNE H
Je nourris, je l'avoue, avec trop de licence
Cet importun penser dont mon sexe s'offense;
Et riioiineur me défend de toucher de si près
Ce mystère d'amour et ses plus doux secrets :
Mais, quelque sage avis que la raison apporte,
Il faut une constance et bien rare et bien forte
Pour voir de deux amans les désirs satisfaits ,
Et ne posséder rien , pas même des souhaits.
.le le confesse, honneur, que ma triste pensée
S'est à quelques désirs peut-être dispensée;
Mais ces désirs, hélas î s'exerçoient vainement:
La peine de Tantale étoit mon châtiment.
Cependant que le bal occupe tout le monde,
Je vois ces deux amans , 6 douceur sans seconde !
Retirés seul à seul à Tombre d'un faux jour.
Se pâmer de baisers et consumer d'amour;
A regards dérobés, et d'un œil plein d'envie.
Je vois l'excès de joie où ma sœur est ravie;
Et la laissant enfin dans ce ravissement ,
Des yeux et du penser je cherche mon amant,
Je tire l'orgueilleux du milieu de la presse,
Soupire, l'entretiens, lui ris, lui fais caresse;
Mais ses yeux peu courtois, tournant de toutes parts.
S'égarent sans souci de rendre mes regards ;
Et je connois enfin qu'au prix de leurs délices
Nos plus doux entretiens ne sont que des supplices :
Je lui trouve une humeur bien contraire à mes vœux.
Espérons toutefois; cherchons ce dédaigneux.
(Elle SOI t.)
4i6 LA BELLE ALPHRÈDE,