‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 289 sur 442 · ACTE V, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE H

Je nourris, je l'avoue, avec trop de licence

Cet importun penser dont mon sexe s'offense;

Et riioiineur me défend de toucher de si près

Ce mystère d'amour et ses plus doux secrets :

Mais, quelque sage avis que la raison apporte,

Il faut une constance et bien rare et bien forte

Pour voir de deux amans les désirs satisfaits ,

Et ne posséder rien , pas même des souhaits.

.le le confesse, honneur, que ma triste pensée

S'est à quelques désirs peut-être dispensée;

Mais ces désirs, hélas î s'exerçoient vainement:

La peine de Tantale étoit mon châtiment.

Cependant que le bal occupe tout le monde,

Je vois ces deux amans , 6 douceur sans seconde !

Retirés seul à seul à Tombre d'un faux jour.

Se pâmer de baisers et consumer d'amour;

A regards dérobés, et d'un œil plein d'envie.

Je vois l'excès de joie où ma sœur est ravie;

Et la laissant enfin dans ce ravissement ,

Des yeux et du penser je cherche mon amant,

Je tire l'orgueilleux du milieu de la presse,

Soupire, l'entretiens, lui ris, lui fais caresse;

Mais ses yeux peu courtois, tournant de toutes parts.

S'égarent sans souci de rendre mes regards ;

Et je connois enfin qu'au prix de leurs délices

Nos plus doux entretiens ne sont que des supplices :

Je lui trouve une humeur bien contraire à mes vœux.

Espérons toutefois; cherchons ce dédaigneux.

(Elle SOI t.)

4i6 LA BELLE ALPHRÈDE,

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