RODOLPHE, CLÉANDRE
RODOLPHE, a part.
Toi qui de tant d'amour eus un si triste prix ,
De grâces et d'attraits agréable débris,
Alphrède, beau sujet des soupirs que j'élance,
Enfin de mon remords connois la violence;
Que ma douleur t'apaise , et que cette action
Te tienne lieu pour moi de satisfaction.
Je 'ne présume pas qu'offrir une victime
Ait toujours tant d'effet que d'effacer un crime;
Mais mon ressentiment conjoint à ce devoir
Te touchera peut-être et pourra t'émouvoir :
Ce seul ressentiment me met en main les armes;
C'est lui seul qui m'instruit de l'usage des larmes ;
Lui seul fait mes soupirs, et lui seul en tous lieux
Présente à chaque instant ton portrait à mes yeux.
Je te vois le teint mort, le sein ouvert, l'œil hâve,
Me dire encor : Je t'aime et je meurs ton esclave.
Je pense à ton amour, je songe à ma rigueur.
Et J'un et l'autre enfin me touchent jusqu'au cœur.
En effet, je n'ai pu, sans être bien barbare,
Traiter si rudement une beauté si rare.
Quel monstre si cruel a jamais vu le jour,
Et quel si dur rocher est capable d'amour?
Certes, autant de fois que cette inquiétude
Me peint ta passion et mon ingratitude ,
Je doute, furieux, saisi, triste, interdit.
De ce qu'en ce penser ma mémoire me dit,