‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 296 sur 442 · RODOLPHE, CLÉANDRE · texte numérisé non relu

RODOLPHE, CLÉANDRE

RODOLPHE, a part.

Toi qui de tant d'amour eus un si triste prix ,

De grâces et d'attraits agréable débris,

Alphrède, beau sujet des soupirs que j'élance,

Enfin de mon remords connois la violence;

Que ma douleur t'apaise , et que cette action

Te tienne lieu pour moi de satisfaction.

Je 'ne présume pas qu'offrir une victime

Ait toujours tant d'effet que d'effacer un crime;

Mais mon ressentiment conjoint à ce devoir

Te touchera peut-être et pourra t'émouvoir :

Ce seul ressentiment me met en main les armes;

C'est lui seul qui m'instruit de l'usage des larmes ;

Lui seul fait mes soupirs, et lui seul en tous lieux

Présente à chaque instant ton portrait à mes yeux.

Je te vois le teint mort, le sein ouvert, l'œil hâve,

Me dire encor : Je t'aime et je meurs ton esclave.

Je pense à ton amour, je songe à ma rigueur.

Et J'un et l'autre enfin me touchent jusqu'au cœur.

En effet, je n'ai pu, sans être bien barbare,

Traiter si rudement une beauté si rare.

Quel monstre si cruel a jamais vu le jour,

Et quel si dur rocher est capable d'amour?

Certes, autant de fois que cette inquiétude

Me peint ta passion et mon ingratitude ,

Je doute, furieux, saisi, triste, interdit.

De ce qu'en ce penser ma mémoire me dit,

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