‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 30 sur 442 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

HERCULE, AGIS le suimnt, PHILOCTÈTE.

HERCULE, laissant tomber sa massiie.

Fais d'un rapide cours, prince de la lumière, %

A tes chevaux ardens rebrousser leur carrière; Qu'une ombre générale obscurcisse les airs. Et ne fais point de jour alors (jue je le perds.

AGIS

G ciel !

HERCULE

Alcide meurt, sans qu'en cette aventure Le chaos de retour confonde la nature!

La terre en cet effort est ferme sous mes pas! Les astres font leurs cours! le ciel ne se rompt pas! Vois , Jupin , les effets d'un poison homicide ; Tu perds ta sûreté lorsque tu perds Alcide: La Thessalie encor peut fournir des Titans Capables d'étonner tes plus fiers habitans ; De nouveaux Gérions et de nouveaux Typhées Peuvent à tes dépens s'acquérir des trophées ; Encelade fendra ce pénible fardeau Qui lui servit d'échelle, et, depuis, de tombeau. Si tu sais la terreur que mon nom seul leur donne , Juge combien ma mort ébranle ta couronne! Préviens avec honneur ce honteux accident ; Romps ce qu'on t'oteroit; perds tout en me perdant ; Répands sur l'univers le mal qu'il te prépare; Trouble les élémens, tonne, épuise Lipare : Fais voir le monde en feu de l'un à l'autre bout , Et ne fais qu'un brasier, mais qui consume tout.

/p HERCULE MOURANT,

PHILOCTÈTE

Mais vous, puisqu'en vous seul notre salut se fonde. Conservez-vous plutôt pour conserver le monde; Et cherchez dans le sein de ce moite clément, A cette extrême ardeur quelque soulagement.

Ce fleuve m'a reçu clans ses grottes profondes ;

Mais autour de mon corps j'ai vu bouillir ses ondes;

Et ce brasier est tel , dont je me sens atteint,

Qu'il peut tout enflammer, et que rien ne l'éteint.

J'ai du sang de Lyclias ces flammes arrosées;

Mais j'ai sur moi, sans fruit, ses veines épuisées;

Et ce tourment qu'un dieu ne pourroit supporter,

S'accroît par le secours que j'y veux apporter.

Moi, qui d'un seul regard fais trembler les monarques.

Qui force les enfers, qui désarme les Parques,

. Qui fus toujours vainqueur, je succombe à mon tour;

J Et ce n'est pas un fer qui me prive du jour! Pour sauver du mépris ma constance abattue, Je ne puis exalter l'ennemi qui me tue ; Je combats sans effet d'invincibles efforts. Et ce n'est pas un mont qui m'écrase le corps. Je me sens étouffer, je rends l'âme, et ma fosse N'est pas sous Pélion, sous Olympe ou sous Osseî Je doute de quel trait la mort touche mon cœur. Je me trouve vaincu sans savoir mon vainqueur;

; Et je meurs, ô malheur sur tous incomparable !

0 Sans pouvoir en ma mort faire un coup mémorable. O ciel ! ô dieux cruels ! 6 sévère destin ! O d'une belle vie honteuse et lâche fin! Une femme sans plus sera victorieuse

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