ACTE III, SCÈNE II
D'une si noble vie et si laborieuse!
S'il étoit résolu par les arrêts du sort
Que ce sexe impuissant fût auteur de ma mort,
La haine de Junon devoit m'être funeste:
C'est une femme aussi, mais son être est céleste!
Au lieu que je péris, non contre son souhait,
Mais par une autre qu'elle, et même qu'elle hait.
Peux-tu, foible Junon, vanter cette journée,
Et voir d'un œil content finir ma destinée?
Une autre a sur ma perte établi son bonheur ;
Une mortelle main t'a ravi cet honneur;
Une femme, à ta honte, accomplit son attente;
Sa haine a son effet, la tienne est impuissante.
AGIS
O cieux! quel changement, quelle noire couleur Dessus ce front mourant figure sa douleur ! Acquérez, grand héros, une dernière gloire; Vous aurez tout vaincu gagnant cette victoire: Par l'air, la terre et l'onde, assailli vainement, Il vous reste à dompter le dernier élément; i Un repos glorieux suivra ce long m^rt^^, Et vous avez vaincu quelque chose de pire.
HERCULE
Plût k mon père, hélas! que ce malheureux corps Du lion de Némée eût senti les efforts! Que ne fut-il en proie au portier de l'Averne! Ou que n'expira-t-il sous le serpent de Lerne! Que n'ont tant de géans accourci mon destin! Que d'un centaure affreux n'ai-je été le butin! Que différoit la mort quand elle étoit si belle! Noble elle me fuyoit, honteuse elle m'appelle;
44 HERCULE MOURAISÏ,
Parmi de beaux dangers elle évitoit mes pas^
Afin de me priver d'un glorieux trépas.
Une femme exécute, où Junon délibère:
Elle est pire que l'Hydre et pire que Cerbère.
Je meurs, et sans mourir elle verra ma mort:
Et j'épargne contre elle un légitime effort!
Ah! c'est trop consulter : cours, malheureux Alcide! jEt pour dernier exploit, défais ton homicide; ''Mange son cœur jaloux, bois son perfide sang,
Et qu'entre tes vaincus elle ait le premier rang.
(Us sortent tous.)