‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 312 sur 442 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

LUCIDOR.

Quel accident nouveau diffère les délices Que son consentement accorde à mes services? Quel malheur survenu divertit nos plaisirs, Et quelle occasioh demande vos soupirs?

ÉRASME

Pleurez, pleurez son mal; une telle manie

A d'avec son esprit sa raison désunie,

Que ceux où l'amitié fait un pieux effort

Font beaucoup pour son bien de souhaiter sa mort î

LUCIDOR.

Quoi ! Célie est troublée ?

ÉRASME

Oui, mais de telle sorte Que tout remède est vain au mal qui la transporte; Un démon furieux possède ce beau corps , Sur qui les médecins feroienf de vains efforts ; Heureux si seulement les ministres des temples Peuvent remédier à ce mal sans exemple.

O sensible malheur!

ÉRASME

Je vais à Clidamant, Grand-prêtre de nos dieux, découvrir son tourment, Puisque ses actions font juger que sa peine Excède les efforts de la science humaine.

(Il sort.)

FiLiDAN, à Lucidor.

Dès lors que je la vis choquer votre dessein , Je ne la jugeai pas avoir l'esprit trop sain ,

448 LA PELERINE AMOUREUSE,

Et je rabattis fort , en cinq ou six visites ,

De l'estime qu'on fait de ses rares mérites.

Je doute seulement si sa présomption

Eût été supportable à ma condition :

Je voudrois feu pour feu, des larmes pour des larmes;

Je voudrois triompher quand je rendrois les armes ,

Voir rire quand je ris, voir souffrir en souffrant,

Voir venir quand j'irois , enfin prendre en m'offrant.

LUCIDOR.

Sachant que l'intérêt et mon obéissance Ont seul dessus mes jours établi sa puisance, Crois-tu que son amour m'importe infiniment, Et m'as-tu vu pousser un soupir seulement ? Mais elle vient à nous.

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