‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 315 sur 442 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Orgueilleux Phaétons, quel dessein criminel Oppose vos efforts à cet ordre éternel? L'Orient à mon char ouvre sa large porte, Le bruit cesse partout, et la lumière est morte; Les astres étonnés sont en confusion, Et la nature souffre à votre occasion.

Voyez ces lieux obscurs et cette plaine nue Oîi les filles d'Atlas attendent ma venue. Voulez-vous, contre l'ordre et contre la saison, Tenir mon frère et moi sur un même horizon?

( Ils veulent la prendre, elle se d<?gage de leurs mains.)

J'ai vaincu leurs efforts, et Diane outragée De leurs profanes mains enfin s'est dégagée. Suivons les mouvemens d'une juste fureur, Et purgeons l'univers de ces objets d'horreur. Tirons de l'Océan et du sein de la terre Une matière propre à forger un tonnerre; Faisons voir ces beaux lieux en rochers convertis, Animons les sujets d'Eole et de Tétliys, Confondons cette plaine et les plaines salées, Rendons ces monts déserts , ces forets désolées ; Et que pour toute marque il reste dans ces Ueujt Celle de ce que peut une fille des dieux.

LUCIDOR.

Que cette impression est forte en sa pensée ! Que son mal est puissant et sa raison blessée!

cÉLiE, à Lucidor.

Quoi! jusque daos ces lieux tu veux suivre mes pas? Ce périlleux dessein ne t'épouvante pas ? Es-tu de ces Titans dont l'audace effrontée

A jusque dans les cieux l'arrogance portée?

Es-tu du sang honteux de ce monstre à cent mains

Qui fit contre les dieux soulever les humains ?

Célestes citoyens , punissez ce profane ;

Unissez votre force à celle de Diane.

Mais ces bras suffiront , et cet unique effort

Te livre , téméraire , au pouvoir de la mort.

LUCiDOR, senJiLjant.

Adieu, je cède aux coups.

FiLiDAN, le suivant.

Je renonce aux maîtresses Qui traitent leurs amans de semblables caresses.

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