SCÈNE PREMIÈRE
ÉRASME, CLIDAMANT.
ÉRASME
Un ne peut sans horreur voir ses déréglemens;
Son geste et ses discours changent à tous momens;
Tantôt l'esprit remis, l'œil riant, la voix saine.
Elle dément nos yeux, rit de nous voir en peine;
Et, niant ses discours, sait si bien contester,
Qu elle met les plus sains aux termes d'en douter.
Mais que ces bons momens sont de peu de durée!
Un instant fait revoir sa raison altérée ;
Lors son geste confus, et l'horreur de ses cris,
De crainte et de pitié saisissent les esprits;
A la voir l'œil ardent, les cheveux en désordre,
Tordre tantôt un bras, et tantôt le détordre.
Se raccourcir le corps , meurtrir son sein de coups ,
Et sauter furieuse à la face de tous,
Un homme est bien barbare et bien inaccessible,
Si la pitié chez lui trouve une âme insensible.
Céleste médecin, espoir de ma maison,
Si le ciel peut encor rétablir sa raison,
Ses trésors sont ouverts à vos mains vénérables ; Seul vous pouvez changer l'état des misérables; Eloignez de son corps cet esprit insolent, Et calmez la fureur d'un mal si violent.
CLIDAMANT.
Je sers les immortels , et si leur bonté m'aide , Espérez de son mal l'infaillible remède. Nos crimes quelquefois attirent ces malheurs, Et nos santés alors dépendent de nos pleurs.
(Ils sortent.)