SCÈNE IV
ANGÉLIQUE, CLORIMAND, FILIDAN.
FiLiDAN , à Angélique, Espoir des affligés, merveille sans seconde, Vrai mais libre soleil qui visitez le monde, Et qui sans intérêt départez aux mortels Ce qu'ils obtiennent pas même au pied des autels ; Qui ne déniez point ni votre art ni vos veilles A qui trouve le ciel sans yeux et sans oreilles; Dont les prodigieux et charitables soins En mille endroits divers se sont fait des témoins; D'incurables douleurs céleste médecine, Signalez aujourd'hui cette vertu divine Qu'une jeune beauté réclame à son secours Contre un mal dont votre art peut arrêter le cours ; Une manie extrême a son âme saisie , Et tout remède est vain à cette frénésie , Si vos secrets, vantés par les plus envieux. Ne font ce qu'à nos cris ont refusé les dieux.
ANGÉLIQUE
Quelle est donc cette belle?
FILIDAN.
Une jeune merveille Qui peut-être en ces lieux n'auroit point de pareille, Si vos divins appas ne charmoient les esprits, Et sur tous les objets ne remportoient le prix.
ANGÉLIQUE
(A Clorimand.) (A Filidan.)
Son esprit est gentil. Nommez-nous cette belle.
476 LA PELERINE AMOUREUSE,
FILIBAW.
Célie, unique espoir d'un amant si fidèle,
Que votre charité s'exercera pour eux ,
Si vous êtes sensible aux attraits amoureux.
ANGÉLIQUE
Vous nommez cet amant?
FILIDAN.
Lucidor, qui lui-même Implorera de vous cette faveur extrême ; Qui m'envoie en son nom, et qui ne met qu'en vous Tout l'espoir qui lui reste , et qui nous reste à tous.
ANGÉLIQUE
Adieu; reviens ce soir, et rapporte à ton maître Que pour lui je peux tout.
( Filidan sort.)