‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 344 sur 442 · ANGÉLIQUE, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, LA NOURRICE

LA. NOURRICE

Elle m'envoie à voUs, et de sa part, madame »

Si vous êtes sensible à l'amoureuse flamme,

J'implore à vos genoux votre discrétion

En faveur de son sexe et de sa passion.

Les auteurs de son être et de son dur martyre

Se donnent sur ses vœux un tyrannique empire ,

Et veulent qu'on soumette à leur autorité

La plus libre action de notre volonté.

Ils immolent Célie à la recherche avare

De Lucidor charmant, incomparable et rarej

Mais son seul intérêt lui fait considérer

Cette beauté qu'un autre est heureux d'adorer.

Un amant plus sensible et plus cher à Célie

A fait naître sa flamme et sa mélancolie;

Et la nécessité d'accepter sou rival

Ne pouvoit s'éviter que par un autre mal.

En ce commun dessein ils ont devancé l'heure

Qu'il faut qu'Amour triomphe et que la honte meure ;

Déjà le triste effet de leurs embrassemens

Est visible, madame, a ces parfaits amans;

Et depuis quelques jours cette honteuse fille,

Croyant qu'elle obscurcit l'honneur de sa famille,

N'ose avouer un mal quelle fit par dessein ;

Elle rompt ses cheveux, elle meurtrit son sein;

Et d'un mal nécessaire a fait des pénitences

Qu'une autre ne fait pas de ses incontinences.

On presse toutefois la fatale union

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