‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 350 sur 442 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Les mêmes; ÉRASME.

ÉRASME

Souffrez-vous qu'elle sorte En ses plus forts accès ? rendez-vous évident A qui passe en ce lieu ce honteux accident?

486 LA PÈLERINE AMOUREUSp,

LÉAIVDRE.

On ne peut l'arrêter, et sa course légère

A chassé du logis, cette belle étrangère

Qui dans vos déplaisirs prend une égale part,

Et qui voue à son bien ses veilles et son art. f

ÉRASME

Ah! madame, est-ce vous? Hélas! pour tant de peine, Que vous pourrai-je offrir qu'une volonté vaine? Mais une autre espérance y porte vos esprits; La vertu trouve en soi son objet et son prix : Quels que soient ses effets, quelque effort qu'elle essaie Elle se satisfait, et s'employant se paie.

ANGÉLIQUE

L'honneur de vous servir m'est un but glorieux; Mais ayant vu , monsieur, ses transports furieux , Je doute de mon art , et que quelque remède S'applique utilement au mal qui la possède: J'emploîrai toutefois et mon temps et mes soins, Dont les effets divers ont assez de témoins.

c É L I E , feignant d'être Jolie.

Voyez grossir sous moi cette vapeur épaisse; C'est le plus doux objet dont mon œil se repaisse. J'aime à voir dans les airs les foudres se former, Tomber sur les mortels et les désanimer; A voir un criminel, au seul bruit du tonnerre, Chercher à son salut un asile sous terre; A voir ce feu fatal enflammer des vaisseaux , Et la flamme nager dessus le sein des eaux. Je verrois d'un même œil r€mbrasement du monde Qu'un simple tremblement d'une feuille ou d'une onde. Nature m'a prescrit de trop sévères lois ,

Page 1