ACTE IV, SCENE IL
Rentre, veille avec soin cette fille insensée, Qu'on ne peut retenir depuis qu'on l'a laissée.
FILÈNE.
Votre voyage est fait , Célie est de bon sens.
lÉRASME.
Joins-tu la raillerie aux ennuis que je sens? Causeur impertinent , lâche objet de ma haine , Si tu ne fais cesser, n'irrite point ma peine.
FILÈNE.
Monsieur , punissez-moi si l'effet me dément :
Sa raison ne doit rien au plus sain jugement;
Sa manie est un trait de la plus fine adresse
Que puisse à des esprits inspirer la sagesse.
Je ne pénètre point en son intention ,
Et ne puis deviner où tend cette action ;
Mais dans peu vous saurez qu'elle est et saine et sage,
Et qu'elle a prévenu les droits du mariage.
ÉRASME
Que dis-tu?
f ILÈNE.
Que l'Amour est un puissant vainqueur, Et que Célie en tient ailleurs que dans le cœur.
ÉRASME
Laissez-vous, justes dieux, ces fourbes impunies? Ce traître à son honneur porte ses calomnies ! Imposteur, as-tu vu dans ses déportemens Quelque açtioni conforme à tes faux sentimens ?
FILÈNE.
Non , mais j'ai tout ouï.
ÉRASME
Comment ?
FILÈNE.
De cette sorte ; Le dessein de la voir m'arrêtoit à sa porte , Et je la croyois être en un pareil état A celui qu'elle a feint avant qu'on la quittât; Quand j'ai vu sa raison reprendre son usage, Les roses et les lis renaître en son visage, Et d'un souris réglé cette jeune beauté Blâmer , et justement , votre simplicité. «Nourrice, a-t-elle dit (elles étoient ensemble). Vois combien j'ai d'adresse et quelle je leur semble ; Puis-je avec plus de soin et plus subtilement Servir la passion de ce fidèle amant?
Que Lucidor me fasse une équitable plainte, Qu'il doute désormais si mon âme est atteinte; Qu'ayant de mon amour des signes si parfaits. Il en demande encor de plus rares effets ! Ai-je rien réservé de tous les témoignages Qui lui peuvent prouver mes vœux et mes hommages; Et de tout ce qui peut établir son bonheur Ai-je rien épargné, ni même mon honneur? J'ai souffert ses baisers; tu vois en ma grossesse Le pitoyable effet de l'ardeur qui le presse, Et je passe pour folle en Festime de ceux Qui veulent partager nos esprits et nos feux ; Je mets chacun en peine, w A ces mots sa nourrice , Dont le soin vigilant conduit cette artifice: « Parlez un peu plus bas, Célie, a-t-elle dit ; Il vaudroit mieux mourir que l'on vous entendît, m Elle vient vers la porte, et moi je me retire Si confus , si joyeux et si pressé de rire , Qu'ouvrant un peu plus tôt elle eût tout découvert :