ACTE IV, SCENE II
Mais j'étois descendu devant qu'elle eût ouvert. Jugez de leur dessein , épargnez votre peine , Et ne réclamez plus une assistance vaine.
ÉRASME
Comment te puis-je croire, et pour<|uoi Lucidor Qui la doit posséder et la recherche encor, L'oblige-t-il à feindre un si honteux martyre , Et se diffère-t-il un bonheur qu'il désire?
FILÈNE.
C'est où je suis aveugle ; écoutez toutefois : Où l'or est en objet le» esprits sont adroits. S'il sait de vos trésors l'inépuisable source, Cette feinte est un rets qu'il tend à votre bourse: Car Célie en feignant rebute ses amans ; Lui-même semblera rétracter ses sermens , Sans dessein toutefois, sinon que cette adresse Vous fasse suppléer au mal de sa maîtresse^ Dispose votre esprit à de nouveaux accords, Et que vous lui vendiez au moins un riche corps. Songez-y mûrement , et que cette folie îVe vous apporte plus tant de mélancolie.
ÉRASME
O dieux! que ne fait point ce métal triomphant, Si contre ses parens il fait faillir l'enfant! Je croirai ton avis; cours chez la pèlerine.
FILÈNE.
Lui dire
ÉRASME
L'assurer que j'ai la médecine ^ Qui peut guérir Çélie, et que sa charité S'est acquise sur moi beaucoup d'autorité,.
(Filène sort.)
49'js LA PÈLERINE AMOUREUSE,
Mais que je juge en l'air sur cette incertitude!
Lucidor, qu'elle traite avec ingratitude ,
Qu'elle ne peut souffrir, et qui s'est toujours plaint
De la voir insensible autant qu'il est atteint ,
Est-il d'intelligence avec cette rusée ?
Ont-ils si finement ma croyance abusée ?
Et dessous les faux noms de haine et de rigueur
Cache-t-elle un brasier qui consume son cœur?
Qu'en ce temps malheureux l'Amour a d'artifice!
Qu'un siècle à cet enfant a montré de malice!
Nous le voyions jadis saint, égal, simple, nu,
Et ce dieu maintenant m'est un monstre inconnu.
Le meilleur naturel par son poison s'altère ,
Et de l'humeur du fils fait le fléau du père.