‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 364 sur 442 · ACTE V, SCÈNE III. 5o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. 5o

Tu rends ce seul moyen qui reste à ta valeur Contre ces insolens et contre ton malheur !

ÉRASME

Fléau de mes vieux jours, fille aveugle et sans honte , Que l'honneur abandonne et que le vice dompte, De quel œil puis-je voir tes gestes insolens, ,

Et souffrir ces efforts honteux et violens ?

(Aux Ardiprs.)

Traînez , n'attendez plus.

cÉLiE, a genoux.

Que le saint nom de père Pour m'entendre un moment force votre colère. Il est vrai , j'ai failli ; mais la nécessité De bannir un rival fit ma facilité.

Léandre n'est pas noble en votre connoissance , Mais un faux vêtement vous cache sa naissance; Il est noble et puissant ; ma seule occasion Fait son déguisement et sa confusion :

I/espoir de gouverner une indigne maîtresse L'a fait sous ces habits déguiser sa noblesse ; Il a fait de son nom un commun changement : Lucidor est le nom de ce parfait amant; L'Espagne est son pays, Valence fut sa ville , rît sa profession n'est ni basse ni vile ; L'épée est son pinceau : des princes et des rois Se sont vus obliger à ses rares exploits.

cÉLiANTE, avec étonnement.

Ton nom est Lucidor?

LÉANiDRE.

Oui , si dans ma mémoire Il reste quelque éclat de ma première gloire,

5o4 LA PELERINE AMOUREUSE, En autre occasion j'ai paru d'autre rang , Et j'ai peint quelquefois des campagnes de sang,

CÉLIANTE.

O diejix! le vain esprit, et de quelle impudence Il espère à mes yeux réparer son offense !

Un jour la vérité finira mes ennuis ,

Et ton malheur alors prouvera qui je suis.

CÉLIANTE.

Je crains fort ce danger ! Ma rencontre importune

Est un fatal obstacle à ta bonne fortune;

Et, sachant qui je suis, tu chercherois ailleurs

Le titre nécessaire à finir tes malheurs:

Valence est mon pays, Lucidor fut mon frère,

Et le ciel a fini sa vie et sa misère.

Tu devois souhaiter, pour ton contentement,

Une ruse meilleure ou mon éloignement.

LÉANI)R,E.

La pure vérité cause mon assurance , Et je n'emprunte rien d'une vaine apparence^ Cléonis est mon père, et le prince du jour A fait de ses maisons vingt fois le même tour Depuis que dans Bysance un rigoureux servage , Exerçant ma constance, a consumé mon agç: Enfin , et mon courage et ma fidéfité Ont fait au grand-seigneur signer ma liberté. J'ai voulu voir Florence , où les yeux de madame Ont été les auteurs de ma pudique flamme; Et la peine que j'eus de la voir librement M'a depuis fait résoudre à ce déguisement.

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