‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 363 sur 442 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

CÉLIANTE seul

Dieux! quel dérèglement! quel désordre incroyable!

Que son geste est confus et sa voix effroyable !

On m'a vu l'abordant, triste, saisi, surpris;

Une prompte frayeur a glacé mes esprits ;

J'ai détesté mon sort , et je n'ai pu sans larmes

Voir son mal altérer la douceur de ses charmes.

Ses yeux, ces doux auteurs des ennuis que je sens,

Ont changé leurs attraits en regards menaçans;

J'ai douté quelque temps de voir l'objet que j'aime,

Et cherché son visage en son visage même ;

Ses coups m'ont fait sortir. Mais qu'est-ce q«e je voi:^

5o2 LA PÈLERINE AMOUREUSE, SCÈNE III.

LUCIDOR, sous le nom de Léandre, tenu par les Archers; GÉLIANTE, GÉLIE, ÉRASME, FILÈNE, LANOURRIGE.

cÉLiE , tirant Léandre des mains des Archers. Cruels , ce traitement est le prix de sa foi ! Ministres inhumains des passions d'un père Injuste en son dessein, aveugle en sa colère, Qui, dans l'avare soin dont il est combattu, Ignore de Léandre et l'offre et la vertu, Rendez cet innocent à ma juste prière.

Ou que, s'il doit mourir, je meure la première; Si je vis, nous vivrons sous de pareilles lois. 11 ne m'a point ravi ce que je lui donnois, Et l'on accuse à tort l'innocent de mon crime , Que mon intention a rendu légitime,

ÉRASME

Allez , ses cris sont vains,

CÉLIANTE.

O dieux! quel changement!

CÉLIE

Non, j'aurai de vos mains la mort ou mon amant.

(Elle prbnfl Tëpee de l'un des Archers et la donne à Léandre.)

Sauve ta liberté , prouve par cette épée Qu'ailleurs qu'à des tableaux ta main s'est occupée ; Prouve que tu sais mieux, si tu le sus jamais. Défaire un ennemi que faire des portraits.

(Leandrc rend rcpe'c. )

Quoi! ton cœur se dément, et cet arme inutile N'est qu'un honteux fardeau dans ta main immobile !

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