ACTE V, SCÈNE VIll. Skj
Tel, heureux cavalier, recevez un remède Qu'il m'oblige d'offrir au mal qui vous possède.
LiTCiDOR, la regardant attentivement.
Dieux! qu'est-ce que je vois?
ANGÉLIQUE
Le plaisir de changer A dégagé vos vœux d'un objet étranger.
Ce cœur est inconstant, et ce mal est le pire De ces vices honteux sous qui l'honneur soupire , Qui causent du désordre en un cœur abattu , Et dans un grand courage étouffent la vertu. Mais j'ai tant de secrets que cette maladie A pris un mauvais cours si je n'y remédie. Son premier appareil est de voir que les dieux Rompent tous les desseins d'un amant vicieux , Et que tant de malheurs qui suivent l'inconstance Joignent votre intérêt à votre repentance : La honte d'oublier l'objet qu'on a vanté, Le prix que vous devez à sa fidélité , L'affront d'avoir porté le titre de parjure," L'honneur de réparer une si lâche injure, Et la nécessité de divertir la mort De celle qui jadis gouverna votre sort. Tous ces puissans respects obtiendront de votre âme Un généreux effort contre une vaine flamme. Il faut quitter Célie, et que votre raison Revoie avec respect sa première prison.
LUCIDOR.
O dieux! il est trop vrai, la mort sur Angélique Redouta d'exercer son pouvoir tyrannique ;
520 LA PÈLERINE AMOUREUSE, Son bel œil voit le jour. O charmes innocens! O précieux attraits qui ravissez mes sens! Prouvez, chastes vainqueurs, par la fin de ma vie, Combien cette rencontre a mon âme ravie. Vous vivez , ma déesse ! ô dieux ! en ce transport Avoûrai-je mes yeux d'un fidèle rapport?
CÉLIE
O divine aventure!
ANGÉLIQUE
Oui, je vis, infidèle.
Et mes yeux sont témoins de ton ardeur nouvelle, Oui, je vis pour confondre un déloyal amant Qui s'est au moindre effort rendu si lâchement. Mais l'Amour te défend quand ta faute m'irrite: Par ton offense, ingrat, juge de ton mérite. Voyant ce que je perds, mon esprit est content; Tu me plaisois fidèle, et me plais inconstant. Je ne déguise point par une vaine feinte L'ardente passion dont mon âme est atteinte; Ma voix ouvre mon cœur, et par un faux mépris Je ne désire point de toucher tes esprits. Pour traiter froidement un traître qui m'outrage, J'ai trop d'affection et trop peu de courage. J'aurai pour Lucidor un respect éternel ; I-.'innocent s'il le faut prîra le criminel, Si pour toi mon visage est sans traits et sans charmes, J'ai des soupirs encore , il me reste des larmes ; Je consens de prouver jusqu'où la passion Peut résoudre mon sexe et ma condition : Un vœu feint pour te voir, ce pénible voyage, Ne sont de mon amour qu'un foi ble témoignage;