‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 377 sur 442 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Tire de cette ardeur de plus rares effets, Exige des efforts qu'autre ne fit jamais, Excepte mon honneur, que ma foi te conserve. Et , ce point réservé, je n'ai point de réserve. Passe au dernier effort, teins ces lieux de mou sang; Je baiserai la main qui m'ouvrira le flanc.

LUCIDOR,

Arbitres des mortels, grands et sévères juges

Contre qui les pécheurs cherchent de vains refuges.

Dont l'absolu pouvoir dispose de nos jours,

Dont le foudre est plus fort que les plus fortes tours,

Employez, justes dieux , votre puissance extrême

A me faire souffrir une peine de même.

Si j'ai trahi ma dame, et si le changement

M'est et me fut jamais reproché justement.

Je croyois votre mort : une fausse assurance

D'un malheur aussi faux me p'ivoit d'espérance;

Le rapport d'un ami, qui m'a juré cent fois

D'avoir vu ce beau corps et sans âme et sans voix,

Depuis six mois ou plus m'arrête en cette ville ,

Et m'a fait estimer mon voyage inutile.

Jugez si ce rapport eut de tristes effets

Par le nombre des vœux que je vous avois faits.

J'ai les mêmes ardeurs, un même nœud me lie;

L'intérêt m'obligeoit à rechercher Célie;

Quoique je rende hommage à cet objet charmant ,

Elle m'excusera, je l'aimois froidement.

Que dessus moi mon crime attire le tonnerre ,

Ou que pour m'abîmer le ciel ouvre la terre.

Si j'ai dessein ailleurs, si j'ai trahi ma foi,

Et si la vérité ne vous parle par moi.

522 LA PELERINE AMOUREUSE,

ANGÉLIQUE

Les six mois expirés, une douleur si forte

Saisit tous mes esprits, qu'on me crut long-temps morte ;

Et s'il faut accuser cet unique malheur,

Et non ton changement, de ma longue douleur;

Si tu plaignois'ma mort, et si je plais encore,

Comme je plus jadis, à tes yeux que j'adore,

Je ne puis ri«n entendre et rien voir sans mépris,

Et je passe en bonheur les plus rares esprits.

La terre ne voit pas, en la saison nouvelle,

La lumière du jour si brillante et si belle,

D'un œil si satisfait que je vois vos appas

Que j'ai cru si long-temps le butin du trépas.

Je revois ces beaux yeux! larmes, plaintes , désastres ,

Eclipsez, vains ennuis, à l'aspect de ces astres !

Suis , bienheureux amant , ton amoureux dessein ;

Quel respect te défend de presser ce beau sein?

O bienheureuse erreur qui dans cette aventure

Donne à mes longs travaux le fruit avec usure!

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