‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 380 sur 442 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

THE ANE, seule dans un jardin; ensuite CEPHISE.

TBÉANE.

C('est trop, insensible courage, Se défendre des traits d'amour :

Chacun lui doit rendre hommage ,

Car chacun lui doit le jour.

Tôt ou tard ce vainqueur nous blesse ;

Ses traits enfin m'ouvrent le sein; Et je lui rends par foiblesse Ce qu'on lui doit par dessein.

Je résistois à ses amorces, J'étouffois mes jeunes désirs,

Et je signalois mes forces

Aux dépens de mes plaisirs.

Mais enfin sa main plus puissante...,, Tome II. 34

53o LE FILANDRE,

cÉPHisE , se montrant.

A changé votre cœur en faveur de Thimante; Ne dissimulez plus.

THÉANE.

Dieux! je parle une fois, Et ce timide cœur est trahi par ma voix. J'espérois seulement en ces lieux solitaires Devoir entretenir de muets secrétaires; Je croyois n'avouer mes naissantes douleurs Qu'à la fidélité des arbres et des fleurs, Et je n'ai pu cacher cette ardeur amoureuse Aux soucis importuns d'une sœur curieuse. Eh bien , fâcheuse sœur, tes vœux sont satisfaits , Et tu feras tes jeux du dessein que je fais:

] Cette superbe fille à la fin s'est rendue ;

' Je perds ma liberté si long-temps défendue. Tu riras de ma honte et de ma vanité.

CÉPHISE

Je rirois bien plutôt de ma simplicité.

Puis-je, car tu m'as crue, et tu sais trop que j'aime,

Blâmer un mal en toi qui m'est cher en moi-même?

3'aime, et j'aime en ce point plus lâchement que toi,

Qu'un ingrat me captive et possède ma foi :

Célidor me rebute, et je l'estime encore;

Et tu fais lâcheté de chérir qui t'adore !

THÉANE.

Songe à mon changement, et plains-moi si tu sais Combien on est timide en ces premiers accès. Veux-tu que ma raison, si long-temps absolue, A ce prompt changement soit sitôt résolue?

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