SCENE PREMIÈRE
THE ANE, seule dans un jardin; ensuite CEPHISE.
TBÉANE.
C('est trop, insensible courage, Se défendre des traits d'amour :
Chacun lui doit rendre hommage ,
Car chacun lui doit le jour.
Tôt ou tard ce vainqueur nous blesse ;
Ses traits enfin m'ouvrent le sein; Et je lui rends par foiblesse Ce qu'on lui doit par dessein.
Je résistois à ses amorces, J'étouffois mes jeunes désirs,
Et je signalois mes forces
Aux dépens de mes plaisirs.
Mais enfin sa main plus puissante...,, Tome II. 34
53o LE FILANDRE,
cÉPHisE , se montrant.
A changé votre cœur en faveur de Thimante; Ne dissimulez plus.
THÉANE.
Dieux! je parle une fois, Et ce timide cœur est trahi par ma voix. J'espérois seulement en ces lieux solitaires Devoir entretenir de muets secrétaires; Je croyois n'avouer mes naissantes douleurs Qu'à la fidélité des arbres et des fleurs, Et je n'ai pu cacher cette ardeur amoureuse Aux soucis importuns d'une sœur curieuse. Eh bien , fâcheuse sœur, tes vœux sont satisfaits , Et tu feras tes jeux du dessein que je fais:
] Cette superbe fille à la fin s'est rendue ;
' Je perds ma liberté si long-temps défendue. Tu riras de ma honte et de ma vanité.
CÉPHISE
Je rirois bien plutôt de ma simplicité.
Puis-je, car tu m'as crue, et tu sais trop que j'aime,
Blâmer un mal en toi qui m'est cher en moi-même?
3'aime, et j'aime en ce point plus lâchement que toi,
Qu'un ingrat me captive et possède ma foi :
Célidor me rebute, et je l'estime encore;
Et tu fais lâcheté de chérir qui t'adore !
THÉANE.
Songe à mon changement, et plains-moi si tu sais Combien on est timide en ces premiers accès. Veux-tu que ma raison, si long-temps absolue, A ce prompt changement soit sitôt résolue?