‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 390 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

THIMANTE, CÉPHISE.

THIMANTE.

A quoi songe Céphise?

CÉPHISE

A quoi songe Thimante, D'importuner de vœux une orgueilleuse amante? Crois-tu la disposer à recevoir ta foi?

THIMANTE.

Le temps peut tout changer.

ClépHISE.

Il ne peut rien pour toi.

THIMANTE.

Il calme la fureur des plus fières tempêtes.

Il abat des rochers les orgueilleuses têtes ,

Il change tout le monde , et tu penses qu'un cœur

Puisse éviter long-temps ce glorieux vainqueur!

CÉPHISE

Il peut tout sur nos corps, il détruit la nature; On ne peut éviter sa défaite future :

Mais l'esprit ne suit pas le changement des ans, Et ne relève point de l'empire du temps.

THIMANTE.

Qui t'oblige à ces mots? Cette reine des belles Combat-elle mes vœux par des rigueurs nouvelles? Apprends-moi mon malheur.

CÉPHISE

Tu le connois assez.

Ne te suffit-il pas de ses mépris passés? Peux-tu prétendre encor le bien qu'elle te nie, Et crois-tu vaincre un jour sa rigueur infinie ?

THIMANTE.

La pitié peut changer les mépris les plus forts. Mon trépas , après tout , suivra mes vains efforts.

CÉPHISE

Meurs donc sans plus attendre , et t'épargne la peine Qu'on te verroit souffrir en sa recherche vaine. Thimante, il est aisé de parler du trépas : Je veux mourir, souvent , et ne me hâte pas.

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