‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 391 sur 442 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

La vie est à chacun une belle maîtresse; Tous l'aiment ardemment, quelque autre qui les blesse. La mort est en ce temps un rare effet d'amour ; Et pour quoi qu'on en ait , on en a pour le jour.

THIMANTl.

Depuis qu'on a perdu l'espoir dont on se flatte Le jour est odieux. Mais voyons cette ingrate.

cÉpiiisE, /e retenant.

Où vas-tu, malheureux? Adresse ailleurs tes pas; Théane assurément ne te souffrira pas. '

THIMANTE.

Obtiens-moi ce bonheur.

Cl^PHISK.

Son expresse défense Doit obliger tes yeux à souffrir son absence. Je sers ta passion, je parle de tes feux, Et je la sollicite à recevoir tes vœux; Mais je ne puis fléchir ce superbe courage : J'avancerois autant en priant son image. « Ma sœur , m'a-t-elle dit , cet importun amant Pour mon occasion endure un vain tourment; Mon dessein n'a point fait son ardeur importune, Et je ne réponds point des coups de la fortune : Tâche de m'exempter de l'importunité D'un amant si parfait, mais si peu souhaité. Dis qu'un mal de côté m'arrête au lit encore. Ou que je suis sortie au lever de l'aurore. »

THIMANTE, voulant tirer son èpée.

Perds, malheureux amant, pour ton mal si constant, Le jour après l'espoir.

CÉPHiSE, le retenant.

Ne te hâte pas tant:

Invente, si tu peux, des moyens salutaires J Mais ta mort ne sauroit avancer tes affaires.

THIMATfTE.

Je vivrai pour servir cet objet précieux; Je chérirai mes maux s'ils lui sont glorieux. En mourant je l'offense, et je la fais coupable De ce tragique effet de mon sort lamentable. J'ai le prix de ma peine, et je suis satisfait Si sa gloire dépend du mal qu'elle me fait. Adieu, je t'obéis.

cÉPHisi:.

Que ta constance est rare!

J'emploîrai tous mes soins contre cette barbare ; Et s'ils ont quelque effet, je te mande en ce lieu,

THIMAHTTlï.

Je n'espère qu'en toi.

CÉPHISE

Crains toutefois ; adieu.

( Thimante sort. )

Enfin un rare effet succède à mon adresse :

Je trompe également l'amant et la maîtresse,

Et je puis espérer la fin de mon tourment

Si Filandre me sert aussi fidèlement.

C'est trahir toutefois des amans que j'estime;

Un secret repentir me reproche mon crime.

Mais forçons tout respect, et tentons jusqu'au bout

Une fille amoureuse est capable de tout.

FIW DU PREMIER ACTE

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